À mort l’éternité

Il aura fallu exactement six jours pour réaliser que l’impossible venait de se produire. Au début, chaque personne qui aurait du être confronté à la mort, soit d’un proche, soit par le biais de leur travail ou même personnellement, réagit avec un haussement d’épaule. En effet, il arrive que dans la vie, on vive un mort imminente et que le destin en décide autrement. Des comateux qui reviennent à la vie, des accidentés qui survivent on ne sait trop pourquoi. Chez les spécialistes en arrangements funéraires, on trouvait également normal qu’une ou deux journées se passent sans que le téléphone sonna. Mais, dès que les premiers échos de cette invraisemblable nouvelle commença à circuler sur internet et que les autres médias s’en emparèrent pour enquêter davantage, il y eu un vent de panique qui succéda bientôt à une joie indescriptible. Nos aînés survivraient. Les balles ne tueraient plus. Les suicides seraient éternellement manqués. On pourrait se livrer à tout genre de sport extrême, notre cœur continuerait de battre.

La nouvelle fit le tour de la planète en quelques heures et on confirma que la terre entière vivait ce nouveau phénomène en même temps. Du coup, la population de la terre augmenta de plusieurs millions de personnes sans que celles des morts ne viennent en quelque sorte équilibrer le tout. Certains pays se réunirent de toute urgence pour trouver une solution à ce nouveau fléau. Par exemple, le SIDA ne tuait plus. On conservait le virus en soi mais il ne ravageait plus des villages entiers en Afrique. Les autorités carcérales de nombreux pays se demandèrent ce qu’elles feraient de leurs condamnés à mort. Le poison, l’électrocution, la pendaison ou les balles ne pouvait remplir leur macabre mission. Certains bourreaux en profitèrent pour abuser de ce nouvel état de chose. On torturait sans fin (car la souffrance, au contraire de la mort qui, en quelque sorte soulageait de ce martyr, demeurait) et au lieu de mourir, maintes personnes devinrent tout simplement fou à lier.

Il y eut des savants obsédés par la mort, par ce qu’elle accomplissait de bien au fond, en débarrassant des malades, des condamnés, des faibles, des gens âgées, bref, en faisant à la fois une sélection naturelle et sociétale qui équilibrait les habitants de cette terre. Or, ces savants cherchèrent à identifier ce qui empêchait la mort d’accomplir ses basses œuvres. On inventoria tout ce qui causait la mort, de l’usure normale du cœur jusqu’aux armes disparues de la mémoire des hommes. Rien n’y fit. La mort était absente de tous les corps de cette terre.

Les différentes religions, sectes et de multiples croyances firent état qui de miracle qui d’intervention extra-terrestre pour justifier la non-mort. Il y eu des débordements d’enthousiasme dans chacune des églises, chacun des temples ou des sous-sols où se tenaient des réunions de plus en plus régulières. Là aussi on chercha des réponses.

Les gouvernements craignirent que les stocks de nourriture ne déclinent avec le grossissement de la population mondiale. On fit des plans, on élabora des stratégies complexes qui impliquaient des scénarios farfelus ou des plus complexes qui n’aboutirent à rien. Les gens, sachant qu’ils pouvaient ne pas manger pour survivre, cessèrent de s’alimenter. D’autres, se sachant imperméabilisés, se goinfrèrent jusqu’à ne plus être capable de bouger.

Tout cela se déroula sur une période d’un an. Puis, je me réveillai un matin et décidai que c’en était assez. La rigolade avait assez duré. J’ai été dans le bureau du Premier Ministre et je lui ai chipé les clefs de la fameuse valise rouge. Je l’ai ouverte et j’ai appuyé sur le bouton. Les missiles nucléaires en partance de notre pays déclenchèrent instantanément une série de mises en garde puis d’envois de missiles émanant de d’autres pays. En moins de soixante-douze heures, plus de 1,736 missiles et bombes de toutes sortes avaient explosées et pratiquement tout détruit de la terre.

Hier, une dernière explosion secoua la moitié de planète qui se tenait encore ensemble et nous voici, en ce jour glorieux, tous encore vivants, dans l’espace le plus vide de l’univers, flottant sans but, sans fin.

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