Au four

À son réveil, l’homme ne sait pas où il se trouve. Il a les yeux fermés. Il émerge doucement de la noirceur où il était plongé. Ses cauchemars s’effacent pour faire place à une bien pire réalité: il est étendu dans un four. Probablement un four crématoire. Il frappe les parois au-dessus de lui et de chaque côté. Il veut s’emparer du briquet au fond de sa poche mais il constate qu’il est nu. Il touche la pierre noircie par les flammes intenses. Son cœur bat de plus en plus rapidement. Il cligne des yeux. Ses pupilles sont brûlantes. Lentement, il se remémore la scène de la veille et rit. Que faire de plus? La dérision de cette scène finale de sa vie couronne un trajet des plus fous. Le fin est proche et il ne reste que quelques secondes avant de mourir.

La veille, vers minuit, il est sorti pour marcher à travers le parc B.. où il guettait ses futures victimes. Cette fois, c’est une coureuse qui attira son attention. Vêtue d’une tenue bleu pâle, elle peinait sur le sentier qui descendait vers la rue, vers la fin de son trajet. Il sortit de derrière la haie de cèdres pour se préparer à couper la route à la jeune femme qui chantait le dernier succès de Madonna, insouciante.

Lorsqu’elle le vit surgir devant elle, elle s’arrêta net et recula de trois pas. Elle vacillait sur place, cherchant une issue dans l’étroitesse du chemin.

« Salut beauté fatale! Ça te dirait, un petit moment intime avec moi? » demanda-t-il, comme à son habitude, histoire de se déculpabiliser.

La fille esquissa une espèce de sourire nerveux et hocha de la tête, cherchant son souffle. Elle porta une main sur sa hanche lorsque l’homme bondit vers elle.

L’homme vit le vaporisateur de poivre de Cayenne au moment où ses mains touchèrent les épaules de la coureuse. Il vit aussi, l’espace d’une fraction de seconde, le logo des services funéraires Langlois, avec son ange tout blanc tissé sur sa poitrine.

Il hurla en sentant la mixture pénétrer dans ses yeux. Il tomba à la renverse et sentit le genou de la femme se poser sur sa gorge, appuyant assez fortement pour l’empêcher de crier:

« Je suis d’accord, mon ti-pit, à condition que je choisisse le lieu… bien au chaud. Après tout, tu peux brûler en enfer! »

*

Le sifflement du gaz se fait entendre. Une fine couronne de flammes bleues illumine son corps. À ses pieds, la porte s’entrouvre. La femme le regarde, souriante:

« Bonne nuit, mon chéri… »

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