Boomerang Baby

Julie lança les chemises et les pantalons de Grégoire du haut du troisième. Ils planèrent un moment et tombèrent mollement sur le trottoir mouillé.

Grégoire la regardait, impuissant. Il avait épuisé toutes ses excuses. Il était lui-même épuisé. Et le voilà encore expulsé de la vie de Julie. Il ouvrit la bouche pour lui lancer une autre bêtise, car tout ce qui sortait de sa bouche était pour la triste Julie une autre bêtise, tout simplement.

Il fit un sourire entendu et hocha la tête comme si un oui ou un non allait tout changer. Ainsi, le décompte recommençait. Il descendit doucement les marches et ramassa les vêtements mouillés par la pluie. La dernière fois ils furent mouillés de ses larmes. Mais il avait appris à fermer les yeux devant la bêtise de Julie.

Et pourtant il l’aimait.

« Et je ne veux plus jamais te revoir! Sors de ma vie! » hurla-t-elle depuis sa tourelle de petite princesse gâtée.

« Moi non plus, » murmura-t-il entre ses dents.

Comme il aurait aimé le lui crier lui aussi. Mais la douleur du moment était comme un analgésique badigeonné sur son triste destin.

Il marcha jusqu’au coin de la rue et héla une voiture de taxi.

Le chauffeur était un type sympathique, un Libanais qui parlait très bien le français. Quand il lui demanda où il désirait aller, Grégoire fut pris d’un fou rire et lui dit: « Si je le savais, je serais encore avec elle! »

Le chauffeur le regarda dans le rétroviseur et sourit: « Ah, si je savais moi aussi, moi, je ne serais plus avec elle. »

Ils rièrent de bon coeur et se dirigèrent vers le Centre-ville, quasi désert en ce dimanche après-midi. La pluie ne tombait qu’en fines gouttes et on commençait à voir des trouées dans le plafond nuageux.

« Qu’est-ce qu’on doit faire pour se faire aimer, nous les hommes? On se fend en six pour être à l’écoute, on apporte des fleurs, on apprend comme se servir de leur point sensible avec un doigté d’expert, on se prête au jeu des mille questions, on apprend à faire la cuisine et à la première connerie, elles nous jettent dehors! » grommela Grégoire, déchiré entre la peine et la colère.

Le chauffeur s’arrêta devant un dépanneur et lui demanda s’il voulait un café. Grégoire accepta et lui demanda d’acheter un paquet de cigarettes. Il n’avait pas fumé depuis quatre ans parce que Julie n’aimait pas l’haleine de tabac.

Il but le café en trois gorgées et fuma trois cigarettes assis sur le banc arrière de la voiture alors que le chauffeur parlait de politique et de cinéma.

Le jour grisonnait. La vie continuait son cours.

Le téléphone cellulaire sonna. Il ouvrit le couvercle et vit le numéro de Julie. Il décida de ne plus répondre.

« Allons à l’aéroport. Je crois que j’ai envie de voyager… » dit Grégoire en soupirant. Il ne sera plus jamais le boomerang baby de cette Julie-là.

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