Archives pour la catégorie Fantaisie

Fantaisie : Les dragons, les fées, les hobbits et autres bibittes, ça existe vraiment. Sauf, que pour rassurer les gens de la haute, il faut faire sembler que ce n’est pas vrai. Alors, n’y croyez pas mais lisez la lumière allumée.

La machine à Timmy

Timmy aimait les ordinateurs. Il en possédait six. Son père lui avait légué son vieil Atari 800, un des tout premiers Commodore 64, un authentique IBM PC avec le collant original du fabricant bien en vue, une espèce de clone compatible muni d’un micro-processeur 386 et un rare exemplaire du MacIntosh encore fonctionnel.

Il avait devant lui son sixième appareil, précieux comme tout, acheté sur eBay à un prix exorbitant. Il tardait à l’ouvrir, nerveux comme un enfant de huit ans devant son premier téléphone intelligent. Ses mains moites tremblaient d’impatience. La boîte était lourde. Les frais d’expédition, bien que faramineux, en valaient la peine. Pensez-y. Un Newton 3000, fabriqué par le très célèbre Antòn Krc!

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La triste de faim de Cléophage

Cléophage commençait à bien se sentir. La fraîcheur lui allait si bien. Tout comme la noirceur, d’ailleurs. On était bien un peu serré là-dedans, mais cela en valait la peine.

Comme il était heureux maintenant, surtout qu’il avait résisté de vendre ce monstre de réfrigérateur dont sa femme, Exilda, voulait se débarrasser. Après tout, il fonctionnait encore très bien. Il était vaste et conservait bien sa température quoiqu’il était un petit peu trop froid, de quelques degrés à peine.

Le vieil homme respira un bon coup. Il n’aimait pas vraiment l’odeur du plastique ou du caoutchouc à moins que ce ne fût celui du fréon qui empestait autant.

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La mort ne sommeille pas

Il s’approche du grand lit vide et soupire longuement. Il pleure.

Que de nuits blanches il a passées ici, recroquevillé en attendant le silence. Il voyait encore l’énorme forme vivante qui y ronflait chaque nuit depuis vingt-sept ans, grouillant à peine.

Donald aimait sa femme à ce moment-là, endormie, inerte, innocente. Il l’aimait ainsi parce qu’il n’avait pas à subir son regard haineux ou tout simplement désintéressé, à devoir être sur ses gardes, à se nourrir de ses rares excès de bonheur qu’elle lui offrait si peu souvent.

Mais le plus terrible survenait la nuit.

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Le dent-de-lion de Sam

Sam arriva à la hauteur de la plante avec une certaine appréhension. C’était la première fois qu’un pissenlit envahissait ainsi son parterre.

« C’est fini, je n’utiliserai plus de crottin de moufette végétarienne pour engraisser ma p’louse! maugréa-t-il entre ses dentiers. En plus, c’est plein l’endroit où mon pauvre Jap-jappe s’est fait arrosé, dieu ait son âme, pauv’ p’tit Pékinois! »

Il essuya une larme qui coulait doucement sur sa joue et cracha dans ses deux mains avant de solidement empoigner la hache bien affilée. Il regarda le gros bouton orangé qui se dandinait à sept mètres au-dessus de sa tête et fit de nouveau la grimace.

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L’horloger

Viateur Boulerice regarda sa montre. Les aiguilles avaient à peine bougé. Seule la trotteuse s’obstinait à courir, défiant l’étonnante langueur du temps. Il leva les yeux et vit l’horloge sur le mur. Il compara les deux et constata que le temps ne changeait pas malgré les couleurs criantes de l’horloge ou la sobriété du beige argenté cerclé d’or de sa montre.

Ses yeux parcoururent la pièce à la recherche de quelque autre témoin qui passerait. L’écran vide du téléviseur reflétait l’étrange luminosité du dehors et les formes rectangulaires qui l’encerclaient, la table du salon, la chaise droite, le cadre, la toile, l’aquarium. Seule la plante jurait, cruelle, avec ses verts et ses jaunes.

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