Archives pour la catégorie Historique

Historique : Si je pouvais voyager dans le temps, je me sauverais de ce monde et je m’arrangerais pour tout changer. Hélas, je n’ai que ma plume virtuelle pour vous titiller les organes (de la vue).

Le loup gris

Gilles marchait depuis plusieurs heures sur la neige fraîchement tombée lorsqu’il entendit le sinistre grondement. Les lueurs orangées qui filtraient à travers les troncs chétifs du boisé s’embrouillaient tout autant que sa vue qui commençait à faiblir. Le jour s’éteignait doucement et il savait que le froid reviendrait reprendre tout ses droits dans cette nature sauvage.

L’homme s’arrêta un moment, resserra les lanières de cuir qui liaient les raquettes à ses bottes. Même si la neige était dense et sèche, ce n’était pas une raison de se retrouver correctement chaussé lorsque la nuit viendrait. Un faux pas sur ce couvert glacé et il pouvait trébucher, se blesser et devoir s’immobiliser. Et ce n’était pas une situation qui était la bienvenue, il ne le savait que trop.

L’écho du grondement poursuivait sa hantise auditive malgré le chuchotement de la brise à travers les branches nues.

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L’orage et la guerre

Une nuit torride. Le ciel n’est pas tout à fait noir. La luminescence de la lune à travers la brume dense donne au firmament une teinte brunâtre. Ici et là, les ombres des édifices infirmes exécutent une danse macabre. L’odeur des cadavres pourrissants sous les décombres est pire que jamais.

La femme qui se tient coite depuis plus de 2 heures cesse ses prières et ouvre les yeux. La chaleur résiste au faible vent qui balaie la ville fantôme. Les rats grignotent tout autour d’elle. Elle lève les yeux au ciel et voit soudain une lueur qui zèbre les mousses de cumulus. Une autre la suit de près. Bientôt, c’est une symphonie de lumières qui peinturent le dôme astral de jaune et de bleu arcencielaire. Cette fois-ci, ce ne seront pas les bombes qui exécuteront leurs basses œuvres mais la nature. L’orage s’installe.

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Ruines

Le tumulte des avions s’estompa. La rage restait palpable parmi les survivants. L’épaisseur de la poussière empêchait les hommes de voir où ils marchaient. Ceux-ci trébuchaient sur des blocs de ciment, des poutres tordues, des meubles éventrés.

Farrouj, seize ans, les yeux brûlant de larmes, obéissait aux ordres de ses pairs. Il tremblait de tout son corps depuis que l’armée ennemie avait jeté les dernières bombes. Cet enfer lui donnait envie de vomir. Il n’aimait pas les Israéliens avant cette folie. Maintenant, il les haïssait. Il haïssait aussi les autres pays qui ne faisaient rien pour les aider. Tous, incluant les cousins arabes qui ceinturaient le petit bout de terre qu’on appelait Liban.

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Deux solitudes

Montréal, rue Ste-Catherine, coin Bleury, 27 juillet 1906

Magella Fournier entre dans le magasin Ogilvy en regardant derrière lui. Il voit Henry McKenzie qui le suit de très près, un œil souriant, l’autre inquiet.

Ce dernier salue une dame en anglais et rougit. Son canotier est de travers. Ses cheveux courts contrastent avec la moustache papillon rousse qui décore le dessus de ses lèvres. Il a encore l’air d’un adolescent, se dit Magella en détournant la tête. Il manque de peu d’entrer en collision avec un grand homme qui sort du magasin avec sa fiancée. Des chevaux hennissent au passage de trois carrioles remplis de couvertures. Le ciel est bleu. La vie moderne est à son summum. En effet, qu’espérer de mieux que ce centre-ville plein de vie, toutes ces belles femmes et ces jeunes hommes plein d’espoir. Magella est jaloux des anglais et de leur audace mais il tente par tous les moyens de les imiter, sachant très bien que si les Canadiens Français (les French Pea-Soup) arrivait à se défaire de leur complexe d’infériorité et cessait de s’en faire avec les édits du Cardinal au nom de l’Église, ils pourraient eux aussi faire étalage de leur richesse et vivre en paix dans la plus grande et la plus belle cité canadienne.

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