Congédié

J’entre dans le bureau de monsieur Smithers avec l’air d’un type qui va être fusillé. Il le voit et ça doit lui travailler le coco. Son air de boeuf et son haleine de gin fermenté à la bile ne me manqueront pas. Je vais inventer une histoire à Cécilia, elle qui était toute fière que je me trouve un boulot honnête, bien payé, et tout. Hier encore, elle me disait qu’elle voulait des enfants, qu’on allait se marier. Je n’ai rien dit. Je suis resté de glace bien que ses désirs sont plus souvent des ordres à mes yeux de vieil adolescent.

Smithers me fait signe de m’asseoir. J’ai le vertige. Le bureau du boss fait face à la ville. Il voit tout à partir de cette vue. Ce matin, il fait trop beau. Je n’aime pas ça. C’est presqu’une scène de film de science-fiction.

Smithers, qui n’a pas l’habitude de jouer les sensibles, tripote un crayon HB. Il regarde mon dossier et se passe la langue sur son dentier. Il évite mon regard.

« Mon petit Travis… » dit-il enfin. Je hais quand il m’appelle comme ça. J’ouvre la bouche pour le traiter d’enculé de mes deux mais il lève la main assez brusquement: « Ferme ton petit clapet, Travis, je t’ai appelé ici pour te dire… Oh mon Dieu! »

Smithers a les yeux qui agrandissent et il se lève brusquement, repoussant sa chaise qui roule et frappe la porte. Derrière moi il y a un grondement qui amplifie.

Je me retourne et je vois l’avion, un gros avion, un énorme oiseau de fer qui se pointe le nez, directement devant moi. Je suis à moins d’un mètre de la fenêtre. Je ne vois plus New-York. Je ne vois plus rien.

Après le fracas du verre, pour me protéger, je mets mes deux mains devant et je sens le métal qui me pousse vers le néant.

Note de l’auteur: Peut-on être inspiré par le 11 septembre 2001? Plusieurs se posent encore la question. Ceci est en mémoire de ceux qui ont vu l’une des deux avions de très-très près avant de mourir.

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