Consultation

La salle d’attente était plutôt petite. Il n’y avait pas, contrairement aux standards stéréotypés généralement associés à ce genre de local, de revues datant du paléolithique supérieur ou de dépliants de produits pharmaceutiques miraculeux disponibles auprès de votre fournisseur de prescriptions à la gomme. Non plus de carte de visite ou même de gel anti-bactérien à l’alcool. Rien qu’un décor sobre avec trois chaises droites à la structure de métal très luisant et au siège et dossier de cuir patiné. Les murs, plutôt anonymes, n’affichaient pas de diplômes ou de certificats attestant les compétences du praticien de service.

La porte s’ouvrit et une voix appela tout sobrement : « Suivant », comme si on était dans un abattoir.

L’homme qui attendait sagement dans cette anti-chambre, se leva, regarda autour de lui afin de s’assurer qu’il n’oubliait rien et se dirigea enfin vers la porte entrouverte.

Il poussa le panneau et découvrit une pièce pas tellement plus grande que celle qu’il venait de quitter. Il nota le décor classique : fauteuil blanc aux formes généreuses invitant au confort garanti et récamier plutôt moderne, sans fantaisie, recouvert d’un tissu noir, accompagné d’un coussin rond, noir lui aussi.

 » Installez-vous, je vous en prie » fit l’homme qui était debout derrière le fauteuil, indiquant le long siège d’un geste détaché.

L’autre s’exécuta sans dire un mot. Il n’était pas nerveux mais une certaine inquiétude se lisait sur son visage alors qu’il détaillait le gris sur les murs qui se perdait vers les hauts plafonds de la pièce.

Le thérapeute contourna le fauteuil et s’installa à son tour. Il posa ses coudes sur les bras et joignit ses paumes tout en posant son nez sur le bout de ses doigts. Pause classique, tout à fait prévisible mais somme toute un peu déconcertante.

Ce dernier ne prononça aucune parole, se contentant d’observer le nouveau venu qui, on s’en doute, ne parlait pas lui non plus.

Puis, au bout de trente minutes, le thérapeute, qui n’avait pas regardé sa montre depuis le début de la session, s’extirpa de sa pose sculpturale et afficha un soupir entendu :

 » Nous avons terminé, monsieur. Je ne sais si vous reviendrez mais je vous en serai gré, bien entendu. Je vous fais un reçu ?  »

Le patient acquiesça et tendit la somme demandée.

 » À quel nom ?  »

 » @  » fit le patient.

Le thérapeute griffonna sur le bout de papier et finalement le lui tendit.

 » Vous me réfèrerez des clients, j’imagine ?  » s’enquit le thérapeute.

L’homme haussa les épaules :  » C’est, hélas, dans ma nature. »

Il le salua et sortit. @ regarda le reçu et souleva un sourcil tout en saluant poliment le patient suivant qui attendait.

Tout juste avant de sortir, la main sur la poignée de la porte, il se tourna vers le patient.

 » Vous connaissez bien ce # ?  »

Le patient lui fit signe que oui en souriant.

 » Et vous vous appelez comment, si je puis me permettre ?  »

 » …  »

« Oh, c’est étrange, vous me rappelez quelqu’un avec qui je n’ai jamais terminé la conversation. »

@ sortit et ne revint plus jamais chez #.

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