Ctrl+Alt+Del

Fredo est assis devant son ordinateur et il tape des lettres sur son clavier. Celles-ci se bousculent à l’écran sur un fond blanc lumineux. L’heure de tombée approche et il ne reste que quelques minutes pour soumettre le texte au rédacteur en chef. Pas le temps de corriger, ni même de sauver le texte : il soulève sa main et la pose sur la souris. Le curseur court sur l’écran vers le bouton ‘Expédier’. Et soudain, plus rien. L’écran devient blanc. Dans la salle de rédac, on entend des cris, des hoquets, des silences aussi. La clim montre des signes de fatigue. La sonnerie des téléphones s’enclenchent toutes en même temps et se taisent. Fredo lève son gros cul de la chaise et voit les gens tout autour qui font de même. On se regarde, on gueule, on s’interroge mais personne n’a de réponse. Pas la peine d’appeler le help desk, fredonne le voisin, les téléphones sont morts, même les portables!

Dehors, on commence a entendre des klaxons qui déchirent les espaces libres entre les tours à bureaux. Il y a des voitures immobiles dans la rue. Il y a aussi deux hommes couchés par terre, inertes. Le bloc d’écrans qui bombardent en permanence le bureau de la rédaction sont gris d’interférences.

« Qu’est-ce que c’est que cette blague? » dit le patron en relevant ses manches au sortir de son bureau encombré de personnes nerveuses.

Tout le monde hausse les épaules en même temps.

Fredo regarde son écran blanc et ose appuyer sur les boutons Ctrl-Alt-Del pour redémarrer l’ordinateur. Rien n’y fait. Il pousse le bouton rouge sur lequel on a gravé le mot Reset et attend que la machine reprenne son souffle. Mais cette fois l’écran reste noir. Même pas de message ‘No signal’.

Tout le monde y va de son explication mais quand la foule du troisième (des avocats, des ingénieurs, des info-graphistes) se mêle à celle du quatrième (nos amis de la presse) et à celle des autres étages dans le grand hall (après avoir descendu les marches à pied car les ascenseurs ont aussi rendu l’âme, force est de constater que l’univers de l’électronique est un peu en panne.

Fredo suit la cohue de ses yeux ravis. Il a déjà imaginé ça, un matin, en se rasant. What if? Sa question favorite quand il essayait d’écrire des scénarios de science-fiction. Et si les trucs magnétiques se démagnétisaient tous en même temps? Et voilà le bordel, se dit-il à mi-voix tandis que les humains de sa planète errent dans le corridor, dans le hall, dans la rue, sans télé, sans ordi, sans portable, sans pagette, sans pacemaker, sans Nintendo, sans téléphone, sans métro, sans… On se retrouve soudain devant un grand vide qui l’était déjà. Enfin, Fredo à de quoi écrire. Un foutu de bon scénar’. Il rigole. Il rit de plus en plus fort.

Il est heureux.

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