De bonnes guerres…

Je n’arrive pas à m’imaginer quel genre de couverture médiatique aurait eu nos soldats canadiens lors de la Deuxième Guerre Mondiale si les moyens de l’époque auraient été les mêmes que ceux dont nous disposons aujourd’hui.

J’entendais ce matin un reportage sur la perte d’un autre soldat canadien en Afghanistan. Des témoignages touchants, certes, et on ne peut qu’être profondément touché par la mort d’un être vivant quel qu’il soit. Je ne nie ni cela ni le fait que la guerre est une chose horrible. Par contre, appelons les choses comme elles sont: la guerre, c’est la guerre. On ne va pas à la guerre pour ramasser des champignons ou prendre des photos des paysages. On ne va pas à la guerre pour se trouver une compagne ou un compagnon de vie, ni pour échanger des timbres. On va à la guerre pour défendre des droits qui ont été brimés, pour combattre des ennemis qui n’ont pas d’autre idée que d’éliminer l’adversaire. Je suis pour les négociations, pour les accords de paix, pour la médiation, et toujours, je le répète, contre la guerre. Et en fait, je n’ai rien contre le fait qu’on parle de ces morts inutiles. Ce qui me trouble, c’est la couverture médiatique. Quand un soldat (ou une soldate) meurt au combat, on pleure sur les ondes. On fait des gros plans sur le désarroi des familles brisées par cette perte. On fait tout un étalage avec un cercueil qui descend de l’avion.

Imaginez un peu si on transférerait ce cirque dans les années du débarquement de Normandie. On ne cesserait pas de parler de Jean, de Paul, de Jacques, fils de Fleurette, fils de Gérard, fils de Benoît, domicilié à Ste-Dorothée, à Drummondville, à Sheffordville… On se promènerait avec l’hélico de TVA pour survoler les familles en deuil, pour mieux voir le sol détrempé par leur larmes.

Pendant ce temps, des milliers d’enfants meurent de faim, du SIDA, victimes de massacres ou de viols dans des villages oubliés. Pendant ce temps, des bombes explosent à Bagdad ou des gorges sont tranchées et on en fait un topo de 15 secondes tandis que Chose Machin de Moose Creek a droit à 5 minutes.

Vous me direz que ce sont des choses normales, que ce sont presque nos voisins. Ça nous touche de plus près, c’est chez nous. Peut-être. Mais ce sont tous des êtres humains. Je ne dis pas qu’il faut pleurer tous ces morts en même temps et s’arracher les cheveux face à notre impuissance à faire cesser ces pertes inutiles. Mais si on prenait le temps, une seconde peut-être, pour laisser notre cœur s’ouvrir pour la paix dans le monde, si on cessait de se battre pour des peccadilles, des chicanes de voisins, entre parents et enfants, entre couples déchirés, si on arrêtait de vouloir tout contrôler, tout posséder, tout manipuler, on vivrait tellement mieux.

Le matin, dès que j’ouvre les yeux, je pense à toute la haine qu’on entretient pour des broutilles. Des rancunes, de la mauvaise foi, des fautes à moitié regrettées, des abus et des faussetés qu’on arrose de mots et d’actions en justice, et je laisse cet énorme chargement flotter un peu plus loin pour regarder le monde autour de moi. Le ciel est bleu. Le soleil brille. Les oiseaux chantent. Ma blonde m’aime. Je respire. Je suis vivant. Pourquoi me batterais-je comme le font ces soldats là-bas? Pourquoi tant de haine? Ne peut-on s’aimer sans se compliquer la vie? Il appert que le chemin sur lequel nous nous engageons est celui que nous choisissons . Et certain(e)s choisissent la voie de la guerre. Et il y aura des victimes, c’est inévitable.

Je sympathise avec les familles de ces soldats mais ils ont choisi un métier difficile et extrêmement risqué. Je ne peux pas être vidangeur si je ne supporte pas la puanteur des vidanges. Je ne peux être un médecin si la vue du sang me donne le tournis. Je ne peux être curé si je ne crois pas en Dieu. Je ne peux pas être pâtissier si je déteste les desserts. Je ne pourrai jamais être un soldat car je ne peux tuer (du moins dans la vrai vie…) C’est un choix que je fais, comme eux, comme elles.

Je pourrais être découragé de ce monde mais je choisis la voie du courage et compte toujours sur la bonne volonté de ceux et celles qui m’entourent pour faire de ce monde un endroit agréable. C’est une tâche colossale mais avec des efforts de paix et de bonté, avec le pouvoir du cœur et la pureté de l’âme, on peut accomplir des miracles. Ceux qui choisissent le camp de la guerre prennent les risques inutiles. Ils finissent toujours par payer.

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