Des fleurs pour Rosalie

Sur la commode, bien en vue, il y a un bouquet de marguerites. Elles sont toutes sèches, ces perles de la terre. Rosalie les a reçues le jour de son anniversaire, il y a dix jours.

Elle était tellement émue, la pauvre que son coeur lui a joué des tours. Le temps de les mettre dans un joli vase ciselé, de les placer, et la joie indicible qui l’avait tant émue s’est lentement transformée en douleur à la poitrine. Elle a marché jusqu’à la petite table à café, a tassé la pile de 7 jours et de La Semaine pour que le vase soit bien en vue au milieu de la table. En se penchant, elle a bien senti que son épaule s’engourdissait. Elle a fait une grimace. Le chat Belleau miaulait. On aurait dit qu’il sentait ces choses-là.

Rosalie est revenue à la cuisine en traînant ses pantouffles sur le bois usé. Elle soufflait comme un grand drap au vent. Sur la pan-tray, elle retrouva le petit carton imprimé de fleurs festives.

« Pour vous dire combien je vous aime » Et c’était signé Léonard.

Son coeur s’emballa encore puis elle trouva la force d’aller s’asseoir sur la vieille chaise berçante, histoire de se calmer un peu. Quand la douleur se fit plus intense, quand sa poitrine hurlait pour de l’air, quand elle sentit noyé dans la masse de son corps fatigué, elle sourit et ferma les yeux.

Le bouquet de fleurs est donc là, séché, depuis dix jour, comme le coeur de Rosalie.

Le concierge, les policiers et Bernard, l’arrière-petit-fils de Rosalie regardent le corps de la vieille dame et un policier arrive avec la carte:

« Qui c’est, Léonard? » demande-t-il à Bernard, le regard hagard.

« Oh, c’est le nom de mon arrière-grand-père. Il est mort pendant la Première Guerre Mondiale. Pourquoi? »

En effet, pourquoi…

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