Film de vie

Quand je réalisai que le mot FIN s’effaçait doucement de l’écran noir et que les lumières reprirent vie dans la salle maintenant complètement vide, je crus avoir rêvé. Pendant un bref instant, tous mes souvenirs, ceux de ma mémoire, même ceux que je ne croyais même pas me rappeler, des détails, des riens, des images au-delà des polaroids à moitié effacés qui s’empilent dans des boites à chaussures, des flashs de sourires et de larmes, tout cela me clouait sur mon siège.

Il n’y avait pas d’employé pour me dire de quitter. Même l’odeur du maïs soufflé imbibé de beurre artificiel s’étiola. Le froid de l’air climatisé fit place à une enveloppe tiède, presqu’agaçante sur ma peau rendue difforme par la chair de poule. Pas de musique. Même la lumière ne semblait pas sortir des spots qui cernaient la salle de ses hauts plafonds.

Il ne restait que moi, avec cet étrange sentiment de vide, moins de malaise que d’hésitation, comme si je savais qu’en sortant de là, je n’allais plus être ce que j’ai été, comme si le rideau tombait sur ma vie.

C’est fou les idées qui vous traversent en ces moments-là. Je me suis mis à chercher une sortie de secours mais il n’y avait plus de néon ni même de portes de ce côté-là de la salle. C’est aussi à ce moment que je réalisai qu’il ne restait plus que mon siège au milieu de la pente en angle vers la draperie rouge vin. Je m’extirpai de mon siège et étirai mes muscles endoloris. Depuis combien de temps étais-je là? Deux heures? Deux jours? Deux ans? Je n’en savais rien. Et de ce film, il ne me restait que des bribes diffuses, comme si on en avait gommé l’essentiel et superposé mes images pour le rendre plus vrai, plus confus, moins commun.

Je marchai jusque la sortie, à l’arrière et derrière cette porte je vis qu’il n’y avait plus rien à voir. Rien de noir ou de blanc. Seulement rien. Un vide incertain. Un précipice sans la perpective du vide. Je ne pouvais retourner en arrière. Tout était sur ‘pause’. Je pris une grande respiration et y plongeai.

Depuis, je ne regrette rien. Je suis là mais vous ne me voyez pas. J’existe, n’ayez crainte mais seulement pour moi.

Mais au fait, existez-vous vraiment?

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