Hélas, les aléas!

Petit récit tout plein d’introductions, de conductions verbeuses, de hasards qui ne font pas bien les choses, de coïncidences sans destin, inspiré du merveilleux film intitulé « Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain »

Le 18 juin 2002, à 14 h 52 , sur une fleur d’acacia modifié génétiquement, de couleur rose gomme baloune, se pose un papillon sentant sa dernière heure arrivée. Fait intéressant à noter, nous sommes dans le jardin de Bernadette Woosters.

Au même moment, dans le guichet automatique de la succursale St-Pierre-Apôtre sise sur le boulevard du même nom, Denis Charpentier, âgé de 43 ans, se frappe la tête sur le métal froid de la console, son relevé à la main indiquant une somme de –1 216 764,67 $ à son compte d’épargne. Une goutte de sang éclabousse le papier pour cacher le signe négatif. Il se dit, entre deux douleurs lancinantes que cela ne change rien et qu’il est toujours dans le rouge. Il songe avec mélancolie qu’il ne pourra assister au dîner-bénéfice du Parti Libéral la semaine prochaine.

À l’aéroport de Dorval, Solange Bouliane, 38 ans, publicitaire chez Vaurien, portant un imperméable glacé noir ainsi qu’un foulard noir signé C… autour du cou, et traînant derrière elle une valise sur roulettes de marque G…, cherche des yeux son amant algérien qui lui a pourtant promis d’être là à 14 heures pile. Derrière elle, Samuel, dit le rat dégouttant, âgé de 16 ans, glisse sa main habile dans le sac griffé S… de l’échaudée et s’empare de son porte monnaie dans lequel on retrouve une carte de crédit, une carte de guichet et une carte Mincàvie. La carte de crédit est au nom de Denis Charpentier. La carte guichet ne sert à rien sans son numéro d’identification personnel et Samuel, tout content, embrasse la carte Mincàvie sur laquelle il reste 5 crédits. Il empoche les quelques 200 dollars américains et s’éloigne en titubant sous ses 118 kilos de poutine et de muscles de Playstation.

Tout à l’est de la ville, Hector Framboisier, 58 ans, maître-épicier, ébéniste à ses heures et collectionneur de cartes « as de pique », coupe les tranches épaisses de Bologne pour Madame de Castier, française d’origine polonaise, veuve de la 2e Guerre Mondiale, quand le facteur, pédophile sous médication, entre dans la boutique. Comme il se retourne pour saluer son ami, la lame de la scie à viande lui tranche près des deux tiers de sa paume. Madame de Castier s’étonne que le Bologne soit si saignant et demande un remboursement alors qu’Hector semble sur le point de s’évanouir. Le facteur annonçait justement une autre lettre du Collège que fréquente le fils du maître-épicier, le petit Samuel qui, malheureusement, ne semble pas se diriger vers la faculté de droit ou de médecine. Peut-être, au mieux, fera-t-il du barreau.

Dans la pharmacie voisine, Mélanie Meilleur, 14 ans et 7 mois, s’évanouit en apprenant qu’elle est enceinte. Sa dernière pensée va à Marie, mère de Jésus puisqu’elle n’a jamais fait l’amour de sa vie et qu’elle ignore que son père, employé de la Poste depuis 20 ans, a acheté dans cette même pharmacie , deux mois plus tôt, un puissant somnifère sur ordonnance.

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