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Dans la grande pièce vide, le téléphone cellulaire de Miss Madame sonnait depuis au moins deux minutes. La petite musique jazzée jouait son air plate dans l’écho sans oreilles. Miss Madame était partie faire son magasinage des Fêtes. Elle avait reçu son dernier chèque de BS et s’en promettait toute une. Ce soir-là, elle avait invité deux de ses ex pour lui montrer combien elle était malheureuse et combien elle leur en voulait. Elle prévoyait leur faire un discours intelligent avant de prendre une brosse et faire l’amour avec celui qui allait décider de rester. Après, pensait-elle, je me pitche en bas du pont. Ça va faire un bon débarras.

À l’étage d’en-dessous, M’sieur Chose regardait la télé. On passait des vieux dessins animés avec Charlie Brown. Il souriait mais ne riait pas. C’est pas drôle, sauf quand Snoopy fait ses sparages en dansant comme un fou. M’sieur Chose aimait mieux regarder ça que de voir les airs bêtes des nouvelles, toujours aussi maivaises les unes que les autres. Même les bonnes avaient un arrière goût de platitude. Il entendait la petite crisse de toune qui sonnait et résonnait dans l’appartement du haut. Il avait envie d’aller flanquer une bonne baffe à Miss Madame, cette petite effrontée qui osait tenir son nez pointu un peu trop en l’air tout en voulant cacher son état de désoeuvrement avancé. Il but une autre gorgée de son scotch sur glace fondue et décida d’aller frapper.

Il s’extirpa de son lazy-boy et éteignit l’écran géant tout en se grattant là où ça fait jamais mal. Il empogna son trousseau de clé et sortit dans le corridor.

Miss Madame revenait de ses courses, le cheveu applatit par la neige épaisse qui tombait lourdement sur la ville. Elle éternua quand M’sieur Chose la croisa.

Ce dernier ouvrit la bouche pour dire quelque chose qui ressemblerait à une boutade ou une vive critique mais les mots lui manquèrent. Miss Madame avait tellement l’air d’une pauvre âme qu’il en fut immédiatement séduit.

« Qu’esse-tu veux, mon gros câlisse de sale? » lança la femme déjà enragée d’être bloquée dans sa montée, les bras chargés de paquets lourds.

M’sieur Chose, dépité, baissa les yeux: « Rien. Rien. Votre cellulaire sonnait alors… »

« Alors quoi? T’allais répondre ou quoi? »

« Non, rien, » bredouilla l’homme en reculant.

« C’est ça, dégage pis arrête de me regarder comme ça, tu me donnes le goût de vomir! » maugréa la colorée voisine du dessus.

« Joyeux Noël, » murmura-t-il alors qu’il la vit tourner sur le palier.

Un autre amour instantané qui s’étiolait en un soupir. M’sieur Chose entra dans son appartement et ralluma la télé. Il renifla la poussière et se dit qu’il y avait bien une femme en quelque part pour l’aimer.

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