Je me souviens

Je me souviens, au petit matin, quand Géraldine m’a dit, dans ses mots à elle, à travers sa folie, qu’elle ne m’aimait plus. En fait, ce n’est pas tout à fait vrai. Elle m’a dit aimer quelqu’un d’autre.

« La vache! » me suis-je exclamé tout haut dans mon cerveau encore engourdi par la nuit. Pas ‘la chienne’ ou ‘la pute’. Juste ‘la vache’. Parce que je me l’imaginais comme ça, en vache, grosse et laide, flétrie, anonyme, quêtant de l’amour au coin des rues Vénus et Éros, avec des jeunesses qui travesaient sans la regarder. En vache, oui, entourée d’odeurs nauséabondes de ses propres défécations, soumise à la pluie, au vent, au froid, au froid du vide que moi, à cet instant, je ressentis.

Elle était là, incapable de me dire ces ‘je t’aime’ si francs, si cinglants, qui dans notre passion simple, m’assénait des plaisirs malgré la lourdeur de certains de mes jours. Le soleil s’est-il levé ce matin-là? Je ne me rappelle plus. Je n’ai vu que du noir, une ombre que même la mort ne peut apporter. Ai-je songé à elle, cette fin de vie qui m’aurait libéré de la douleur de perdre ce papillon frivole qui avait déciéd de butiner ailleurs? Tiens, la voilà redevenue ‘papillon’ alors que c’est une vache qui devrait peupler cette faune de mes enfers.

Oh, depuis, j’ai fermé les yeux, laissé s’écouler des larmes, purgé mon imaginaire de cette rage infantile qui m’a acculé le dos au mur, craignant les moindres regards amoureux des Autres, Puis, petit à petit, j’ai ouvert la porte, à peine un centimètre, pour pouvoir respirer, me sécher les joues. Et c’est ce vent de fraîcheur qui m’a reconcilié avec la vie. C’eût été trop facile de me jeter du haut de la plus haute tour de notre château qui n’en était finalement qu’un de sable.

Géraldine a pris son baluchon et a traîné son gros cul de vache dans les prés du voisin sans même sauter la clôture. J’ai ouvert toute grande la barrière et la laisse désormais gambader dans ce pré parce que je sais qu’il y a d’autres prés, plus loin. Mais elle ne reviendra plus jamais brouter dans le mien.

Meuh! Heureux anniversaire, Géraldine.

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