L’arbre à biscuits

Je ne vous ai jamais raconté l’histoire de l’arbre à biscuits? Ouais, j’en entends qui rigolent: « Non, mais ça fait beaucoup de miettes! » Bande d’ignares.

Je suis sérieux, là. Un vrai arbre avec des vrais biscuits, je le jure. Sur la butte, près de chez Flanelle, la pute du vallon. Ah, vous me direz, mais la pute pourquoi est-ce qu’elle ne les bouffe pas, tes biscuits? » Bande d’incultes! Et jaloux, tant qu’à en mettre. D’abord, elle me les mange pas mes biscuits parce qu’elle préfère les arbres à fruits. Ensuite parce qu’elle ne l’a pas vu, occupée qu’elle est avec ses bananes et ses kiwis, si vous voyez ce que je veuze dire.

« Ah, bin, et quelle sorte de biscuits il fait ton arbre à biscuits, le tondu? » me demanderez-vous avec un air stupide. Quelle plaie! Il ne fait pas une marque de biscuits parce que si c’était une marque, il y aurait une usine, de la publicité, et des tas de trucs insignifiants qu’on fait quand on veut vendre des trucs. Non, il fait des biscuits du genre biscuit tout simplement, rond, croquant, avec de l’avoine, du sucre, un brin de sel, et tout. Je ne vais pas vous donner la recette, quand même.

Et où je veux en venir avec tout ça? Si vous me laissez le temps de l’écrire, je vous le direz. Et assez de questions. Vous me ralentissez et je n’ai pas que ça à faire, moi. On se tait. Merci.

Alors, c’est l’histoire d’un arbre à biscuits qui se trouvait dans le petit vallon, sur la butte, près de chez Flanelle, la pute. Flanelle, qui n’avait pas une réserve de kilowatts dans son collimateur, passait devant tous les jours pour aller au village. Il y a même des fois où les biscuits tombés craquaient sous ses sabots mais elle pensait qu’elle tuait des fourmis ou des coquerelles sous sa semelle pesante.

Moi, je l’ai aperçu (l’arbre, pas la pute) un beau matin de juillet, alors que les biscuits venaient à peine d’éclore et qu’ils poussaient tout doucement au soleil. Si vous ne le saviez pas, c’est pas très bon un biscuit qui n’a pas atteint sa maturité. Je le sais, j’en ai croqué un, car je n’avais pas déjeuné ce matin là et que je me cherchais justement à manger. Alors j’ai croqué dans le cookie défendu.

Et zap! Voilà que le ciel de déchire en deux, qu’un énorme barbu avec des dents rongées par les caries, me crie des bêtises. Je dis quoi, dekéssé, des tas de questions nerveuses et le type voit alors que je n’ai pas bouffé tous ces biscuits et me menace de tous les maux s’il me reprend à farfouiller dans sa biscuiterie. Je lui fait des promesses et il referme sa fermeture d’éclairs en maugréant des blasphèmes. J’étais sidéré. Était-ce là Dieu lui-même ou un de ses sbires à la noix qui surveille un bout de Terre et rapporte tout à son me-maître? Je l’ignore.

Toujours est-il que tous les jours pendant l’été, je me suis tapé l’aller-retour dans le vallon de la pute (ce qui m’a valu une sapré réputation de canon-niaisé) pour admirer la pousse des biscuits. Jusqu’au jour où j’arrivai devant la porte de Flanelle, fatigué (je voulais un verre d’eau – je le jure!). J’ai frappé une fois, deux fois, puis rien. J’ai monté sur la butte et j’ai vu que l’arbre était nu, sans aucun biscuits. J’ai pleuré comme un Madelinot et je me suis endormi. Quand j’ai entendu l’éclair, j’ai vu Flanelle qui sortait du ciel fendu, la bouche pleine de graines et derrière elle, le gros gras gueulard qui se frottait les glaïeuls. Il m’a fait un clin d’œil moqueur qui m’a donné envie de vomir.

Remarquez que je suis content de n’avoir pas bouffé les biscuits. Il n’est de mon genre, l’ange laid. Si vous êtes gentils, mes petits poilus, la prochaine fois, je vous raconterai l’histoire du ruisseau mitrailleur. Allez, au dodo!

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