L’arbre à papa

Mon père a semé, il y a bien des années, un arbre pour célébrer, je dois vous la conter, ma naissance confirmée.

Ma mère, encore commotionnée, l’a regardé, les ongles encore crottés, et lui a demandé : « C’est quoi, l’idée ?»

Moi, encore juste un bébé, je n’ai fait que brailler. Mais c’est bien arrivé : un érable fut planté, dans la rue des Églantiers, ce qui est déjà compliqué.

J’ai grandi dans la gaieté, non pas celle des joyeux gais, mais bien celle de mon hérédité, bien ancrée dans l’hétérosexualité. L’arbre a lui aussi poussé et poussé jusqu’à se rendre à maturité et tranquillement, à son tour, montrer des signes de fatigue et d’insectes fut rongé. Mon père, désormais très âgé, ma mère nous ayant quitté, il y a quelques années, a soudainement décidé d’en finir, de le couper.

Il sortit sa scie bien aiguisée, dans ses mains a craché, et s’est mis à trancher l’énorme tronc du supplicié. J’étais là, silencieux, à le regarder scier, et ça me faisait suer, mais soumis à son obstination caractérisée, j’ai laissé encore passer ce geste sans opportunité. Quand le tronc tranché se mit à dangereusement vaciller, mon père a reculé et m’a gentiment intimé de l’imiter. Mais debout devant l’éternité, debout je suis resté jusqu’à ce que l’arbre même mort en amitié contre moi s’est jeté.

L’arbre à papa m’a tué. Comme lui, je serai incinéré. Et dans les flammes de l’éternité, je brûlerai comme ces branches de mon copain d’été où je me suis balancé et souvent réfugié.

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