Le chemin du bout du monde (2)

Résumé : Seth est en peine d’amour. Il va dans le bois pour réfléchir et faire un vœu mais les signes ne sont pas avec lui. Il voit une bête étrange et la suit. Il arrive devant un paysage ‘vide’ et décide d’y sauter, comme la bête avant lui…

Au début, il ne ressentit qu’un picotement sur tout son corps. Il ne vit plus ses membres et il ne se sentit même pas tomber. Il flottait et une odeur de cannelle s’immisça dans ses narines. Puis, comme s’il n’avait aucunement chuté, il sentit sous lui, un coussin d’herbe qui le supporta d’abord très légèrement puis solidement. Sans le savoir, Seth avait fermé les yeux, non pas par peur mais par pur réflexe. Le simple clignement de ses yeux venait de l’aider à passer de son monde triste et ennuyeux à celui d’une autre dimension, un monde caché de celui des hommes. Peut-être un monde sans guerre et sans haine. Il respira cet air tout neuf et sourit : il voyait ses mains et ses jambes à présent.

Un autre soupir attira son attention. Il releva légèrement la tête et vit la bête penchée sur lui, le museau frémissant, qui humait cette odeur d’humain, cette odeur étrange qui contrastait avec le parfum doucereux de la vallée parsemée d’héliotropes scintillants et de rubans d’herbes iridescentes.

« C’est trop beau pour être vrai! Il y a sûrement quelque chose qui cloche dans ce monde » se dit-il en se relevant, secouant les brins d’herbes qui chantaient en retombant sur le sol.

« Peut-être que oui. Peut-être que non. Ou peut-être est-ce toi qui cloche par ici. »

La bête venait de parler. Seth n’en fut pas étonné. Après tout, peut-être était-il mort et qu’il rêvait tout cela. Ou bien était-ce cela le paradis proclamé par les prêtres garvottois.

« Ah, je suis une vraie bête. Je ne me suis pas présenté : je suis Nomade. Tu dois avoir un nom, petit humain, n’est-ce pas? »

« Je suis Seth, fils de Fallor et d’Azine. Je suis du village de Garvotte et… »

« Oh, Seth est bien suffisant par ici, mon ami. » dit Nomade impatient.

« Où sommes-nous? »

« Hum, je dirais nulle part et partout, pour que tu ne t’y méprennes pas. »

« Nulle part et partout? Qu’est-ce que c’est que cette réponse? »

« Oh, on pourrait dire aussi ailleurs. En tout cas pas ‘ici’. »

Seth soupira, mal à l’aise. Décidément, il n’arriverait à rien avec Nomade s’il était aussi bête qu’il en avait l’air.

« Alors, dis-moi, Nomade, où allons-nous maintenant ? »

« Ici » répondit le nouveau compagnon de Seth.

Ce dernier hocha la tête et éclata de rire : « D’accord, je te suis, Nomade. Mais, dis-moi, suis-je mort? »

« Nous sommes tous des âmes vivantes, petit Seth. Nos corps, malheureusement, ne sont que des enveloppes temporaires. Je dirai que pour l’heure, tu es encore vivant. À moins qu’à Ici tout ne change. »

« Qui a-t-il à Ici ? »

La bête soupira et tapa du sabot : « Si tu ne cesses pas tes innombrables questions, je devrai te laisser trouver Ici tout seul. Moi, j’ai d’autres choses à faire de plus intéressantes que de guider un humain ignare dans les prés du Tout. »

Seth, autant frustré par son ignorance que par l’arrogance du cheval bizarre qui parlait, décida de se taire et de suivre la bête tout en gardant ses questions pour plus tard. Il devait y avoir d’autres humains ou d’autres bêtes pourvues du don de parole qui pourraient le renseigner.

Ils suivirent un sentier brillant qui serpentait entre des lianes torsadées d’argent et des troncs mouillés par une crème brunâtre qui sentait le café des maîtres. La lumière parvenait de l’air ambiant. Il n’y avait ni soleil, ni nuage. Le dôme lumineux qui les enveloppait était d’un blanc immaculé. Il ne vit aucune autre bête, insecte ou être humain tout au long de ce trajet fascinant. Seth vit des fleurs aux pétales immenses qui s’entrechoquaient, des branches d’arbres rouge et or qui faisaient et défaisaient des nœuds complexes afin de les laisser passer. À un moment donné, Nomade lui dit de faire attention aux feuilles bleues qui flottaient au-dessus de leur tête :

« Si d’aventure tu essaies de passer ici lors du ressourcement ou si tu es marqué de la mort, elles te déchiquetteront en un clin d’œil. Regarde le tranchant de leur feuilles… Par contre, elles se fument lors des festivités d’Outretemps. Mais, ça non plus je ne te le conseille pas. Trop fort pour ton petit cerveau de primate. »

Seth décida qu’il n’aimait pas ce cheval arrogant. Il aurait décidément préféré voyager avec le nouvel amour de sa Viane plutôt que d’endurer ces vils sarcasmes.

Ils arrivèrent enfin dans un village où des centaines d’êtres tous aussi bizarres les uns que les autres s’agitaient sans arrêt. L’un d’eux repéra les voyageurs et aussitôt que la nouvelle se répandit, ils se regroupèrent en silence autour du duo.

« Seth, voici les Icis. Pas très original comme nom, mais ils aiment vivre Ici. Mes amis, voici Seth, il vient du Présent! »

Cette seule phrase les stupéfia tous en même temps. Au milieu des oh et des ah de tous et chacun, il s’en trouva pour s’approcher et le toucher, d’autres pour lui faire une accolade. Seth trouva la scène drôle mais s’inquiéta de ce nouvel univers qui était désormais hors de son Présent.

(à suivre)

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