Le chuchotement

Le musée est plein à craquer. Tout le monde a les yeux rivés sur les œuvres. Il règne ici une fièvre que je ne saurais décrire parce qu’elle se mêle à la mienne, un forme d’excitation que je n’aurais cru renaître en moi.

Je n’ose pas regarder derrière moi, de peur de voir resurgir de jeunes fantômes d’un passé trop récent, un regard, une larme, une hésitation parce que je m’enfuirais sans demander mon reste.

Pourtant…

Pourtant, il y a cette femme à mes côtés qui regarde, les yeux ronds, l’âme confuse tandis que s’écoule l’heure précieuse. Je hume son parfum, diffus, léger, fruité. Rien d’irritant. Une saveur étrangère peut-être. Je sens la chaleur me donner des ailes, nourrir le bout de mes doigts pour la réchauffer, la rassurer. Je chuchote des mots, tentant d’expliquer, du mieux de mes connaissances, le sens, le rôle des couleur, la composition, l’historique de ces peintres aujourd’hui disparus. Sans le savoir, je laisse des traces pour un nouveau passé, de frais souvenirs qui seront pour nous, peut-être, dans un avenir prochain, une célébration.

La foule se déplace par grappes. Il y a des soupirs d’impatience derrière nous tandis que nous rions, excité des moments improvisés qui semblent nous aller si bien. Elle rit, me regarde. Je lui souris, je prends sa main. Mon cœur tremble, il se cache derrière un paravent de crainte et n’ose battre trop vite. Je fais un autre pas. Nous partageons un rire puis un regard complice.

Tomber tout doucement en amour, comme un flocon joufflu par temps très froid.

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