Le coût de l’essence

Quand j’étais haut comme trois gros melons (des pommes, ça aurait été trop petit, franchement), j’aimais jouer au yoyo. Je n’étais pas un champion mais j’adorais réussir l’exploit très simplet de laisser le truc descendre jusqu’au niveau du sol et le voir remonter. Avec un peu d’expérience, je réussissais à le faire monter et descendre trois ou quatre fois. Mais je me fatiguais vite. La raison principale étant que la cordelette qui entourait mon doigt se serrait et j’avais l’impression d’étouffer.

J’aurais pu faire carrière dans le pétrole. À faire monter et descendre le prix de l’or noir, à rire de mes concitoyens qui paniquent quand l’essence monte et qui se précipitent à la pompe dès qu’elle descend un peu (moins qu’elle en avait augmenté). Mais j’ai choisi de faire autre chose. Pourtant, je me sens étranglé. Et vous?

C’est rendu qu’à un dollar vingt-six cents, on fait des économies. Aujourd’hui, c’est un dollar trente-six cents. Hum! À une vingt-six, j’économise dix cents le litre. Avec ma petite Accent que j’allaite à coup de quarante litres, je laisse un gros quatre piastres de plus dans mes poches. On a vite oublié qu’il n’y a pas si longtemps, on naviguait entre soixante-dix et quatre-vingts sous le litre. C’est cinquante à soixante cents de plus que l’été dernier. On avale sans rien dire. Quoi? Il faut bien prendre notre ‘char’ pour aller travailler, pour aller chez Costco, pour reconduire fiston ou fistonne, pour aller à Wildwood.

Pendant ce temps-là, les pétrolières se vantent de générer des profits énormes et se pètent les bretelles à chaque fois que le prix du baril s’enfle comme un cancer terminal. Et que font nos gouvernements? Ils investissent dans le blé d’inde, sacageant les terres pour le profit d’autres hommes d’affaires pendant que le ventre du monde gargouille de plus en plus.

Je sais, je répète ce que tout le monde a déjà dit. Je n’apporte rien de neuf. Et je chiale sur un blogue qui ne fait rien que de mettre des mots sur un écran que personne ne lit. Mais que puis-je faire? Dites-le moi quelqu’un?

On va commencer par vendre une de nos automobiles. Faire du co-voiturage en couple. On va continuer à mettre du sirop d’Arabe dans le réservoir à coup de vingts piastres quand le coût au litre sera au plus bas, genre le mardi soir avant que les pétrolières ne s’entendent pour nous fourrer encore plus d’aplomb. On va regraisser nos chaînes de bicyclette et ajuster les freins. On va s’acheter des bonnes chaussures de marche. Mais on va pas faire de pouce pour allez chez Costco, par exemple. On va juste dépenser moins.

Et pendant ce temps là, il y a des milliers de personnes qui meurent de faim.

Je ne sais plus si ça me tente de regarder dans le miroir, le matin…

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