Lendemain de vieille

Ma vieille vient d’avoir 100 ans. Hier. Moi, j’ai eu 106 l’an dernier. Je ne dis plus mon âge, c’est trop gênant.

On a fêté, ma vieille et moi. Un verre d’eau et trois pilules pour ma Céline. Un café décaféiné tiède pour moi, Léonard Vincent. Et pas de pilule. J’aime pas les lendemains de vieille. Céline n’aime pas que je l’appelle ainsi. Je le dis quand même, quand elle ne me regarde pas. Elle est sourde, ma belle Céline. Sourde et impotente.

C’est moi qui lui change sa couche quand elle grogne. Je lui donne un bain. Elle aime l’eau qui coule entre ses seins aplatis. Des fois elle me les remonte, me demande si je me souviens. « Et que je me souviens », je lui dis toujours. Après, on va s’étendre sur le lit et on se colle. Il y a longtemps qu’on n’a pas fait l’amour mais pour moi, c’est tout comme. Je respire profond et elle sourit, me regarde comme j’étais revenu à l’âge fou de mes vingt ans.

Ma vieille grogne. Je vais aller la laver. Je l’aime, c’est encore comme ça. Après le bain, on va s’aimer comme dans le temps. Je vais la regarder droit dans les yeux et lui dire combien je l’ai aimée, ma sœur.

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