Les dents de M. Bechman

Parmi les choses les plus précieuses que M. Bechman gardait dans son coffre au trésor se trouvaient ses fameuses fausses dents datant de 1933. Si vous auriez pu le voir marchant sur la 37e avenue, le menton bien haut, comme s’il était le roi de l’univers, vous auriez deviné qu’il portait alors ses dentiers. Et au moment d’engager la conversation avec lui, il vous sourirait afin de vous montrer cette rangée blanche d’ivoire brillant en attendant que vous le félicitiez de posséder un artefact si extraordinaire.

Le fait est que ce vieil homme est maintenant âgé de 93 ans et au moment où je vous raconte cette histoire, il est à quatre pattes, ratissant le plancher crotté de ses mains râpeuses, essayant de voir à travers ses cataractes où sont tombées ses maudites prothèses. Il ne cesse d’avertir son vieux chien, un sac à puces nommé Turk, de se tenir loin mais la bête malodorante ne peut s’empêcher de hurler. Il pense que son maître est mourant ce qui n’est pas tout à fait la vérité. Ce dernier est proie à une véritable panique, oubliant de respirer de temps en temps, se sentant étourdi.

Soudain, le chien cesse de japper. Sa gueule et sa langue s’acharnent sur quelque chose. M. Bechman s’exclame ‘non, Turk, ne fait pas ça‘ mais il est trop tard. Ce satané cabot porte maintenant les dents de son maître. Ça lui va bien, à ce bâtard d’animal. Le vieillard devine ce qui vient de se produire et prend une dernière et profonde respiration, sachant très bien que ceci termine tout simplement sa vie.

Pour ce qui est du chien, dans quelques jours, il aura mangé un bout de bras de son maître avant que la police n’investisse les lieux et ne retrouve les dents du pauvre M. Bechman sur le plancher, comme un brin moqueuses.

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