Les normes

Je me rappelle dans les années ’70 quand le Canada est passé au métrique, tout le bruit que ces changements ont fait. On ne pesait plus 150 livres mais un peu moins que 48 kilos. On ne mesurait plus 6 pieds mais 1,83 mètres. J’étais trop jeune à l’époque pour mesurer le véritable impact de l’adoption. Tous les produits devaient passer de 8 onces à 226,8 grammes. Donc, on a réduit (ou augmenté) les emballages et leur contenu pour arrondir ces chiffres à 225 gr ou 230 gr. Or, je suis convaincu que les fabricants, pour gagner un peu de sous (et couvrir les dépenses de cet ajustement nécessaire) ont volontairement arrondi à la baisse. Le consommateur paya donc (comme d’habitude) un peu plus cher pour un petit peu moins.

C’est le cas actuellement avec la réduction de la TPS. Certain systèmes sont construits avec cette taxe à 7%. Certaines ententes calculent de façon très complexe les ristournes ou les avances qui sont dues soit au niveau gouvernemental ou tout simplement à la base même d’une comptabilité qui se respecte. Les parcomètres de Montréal en sont un exemple flagrant. Il en coûterait des milliers de dollars pour convertir ces petites machines qui incluent les taxes. Donc, nous payons plus cher notre stationnement. La Ville, pour ne pas culpabiliser d’empocher quelques millions de plus, s’engage à remettre ces sommes trop perçues à la réfection ou l’entretien des pistes cyclables, louable geste, s’il en est un. Certains se mettront à critiquer qu’on devrait améliorer le pavage infesté de nids-de-poule ou modifier la signalisation de plus en plus incompréhensible. Mais, c’est un tout autre débat.

Ce dont je veux vous entretenir est en parallèle à ce propos concernant les unités de mesure. En fait, il concerne les normes de fabrication de produits de consommation. Je suis de plus en plus irrité de constater que lorsque je vais chez Machin-Dépôt pour acheter une vis, un boulon, un bouchon, un joint, un quelconque accessoire qui s’accroche, se glisse, se visse ou se place tout simplement dans un ensemble acheté il a très peu de temps (lire un an ou deux), je ne trouve pas l’objet en question ou s’il y en a, il est soit trop petit, soit trop gros.

Des exemples :

Le lavabo du sous-sol coule. Je dévisse les tuyaux. Le joint en plastique est brisé et le col en métal est fendu. Vroom-vroom chez Truc-Dépôt. Après avoir fait le tour de l’entrepôt trois fois, je croise enfin un type en tablier orange-cruche. Il me guide jusqu’à la rangée 14a-section nord, bien nommé Plomberie et me montre les soixante mille bouts de trucs. Je repère le col et le remercie. Je cherche le joint, ruban à mesurer en main. Bonne grandeur, merci Roland-Napoléon. J’arrive chez moi avec mes 15 sacs (on ne va pas chez Dépit-Dépôt sans s’équiper de choses inutiles!). Je cours au sous-sol avec mes achats: le col est un millimètre trop petit. Quant au joint, si on sert trop, il se déforme parce qu’il est trois millimètres plus large que le tuyau sur lequel je le pose.

Il y a quelques années (en 2000, pas en 1869…), j’ai acheté un magnifique ensemble de salle à dîner dont les chaises sont faites de métal finement ouvragé. Pas un truc de millionnaire mais juste assez pour me sentir ailleurs que chez Nickels. Bref, après 6 ans de bons et loyaux services pour nos fessiers, les petites rondelles de plastiques qui recouvrent le bas des pattes de chaises s’effritent. Je les retire avec un tournevis et je roule vers mon Visse-Dépôt préféré. Dans le rayon de Pattes et Sous-pattes, il y a des roues, des tubes, des capuchons noirs, bruns et blancs, des trucs à clouer ou à coller. Du 1 pouce et du 7/8e de pouce (eh oui, trente ans après, on est encore dans le système britannique). Je cherche en vain ce petit capuchon d’un pouce. Nil. Rien. J’accroche un grand nain qui sifflote du U2 et il me dit « Oui, oui, on en a, je pense, je suis pas mal sûr dans la rangée AK-45 » et me ramène à l’étalage Pattes et Sous-pattes. Il se ronge les ongles. Je n’ai pas eu la berlue: Ça n’existe plus. Avis au propriétaires de tables et de chaises en métal… Par contre, si vous avez acheté votre table en 1869, il y a ce qu’il faut (je vous le jure!)

Nous avons remplacé tous les boîtiers de bouches de ventilation. Ces petites grilles étant vraiment encrassées (et quelques-unes rouillées), nous avons pris les mesures intérieures et extérieures du boîtiers et de la grille. Direction Rénovateur-à-Gogo en famille. Au bout d’une longue rangée (probablement l’autre côté de la frontière américaine), nous trouvons les boîtiers en plastique, en métal, en bois, de tous les formats. Nous sortons les sifflets et chapeaux de fête: Bravo, on a trouvé! Mais pourquoi le boîtier original qui mesurait 10 pouces et un quart de longueur en 1980 est désormais à 10 pouces? Pourquoi le 2 pouces et quart de largeur s’est récemment rétrécit à 2 pouces?

Ce ne sont là que des exemples très ordinaires mais ô combien trop fréquents de la déception qui attend le consommateur (et bricoleur) lorsqu’il veut faire des économies. Les fabricants se donnent-ils le mots pour réduire de 10% le format de toutes leurs pièces afin de nous obliger à acheter un lavabo au complet, un ensemble de salle à dîner au goût du jour ou refaire tout le système d’aération?

Je conserve depuis des lustres les vis, boulons, rondelles de tout formats car ils peuvent servir à tout moment et c’est heureux car il arrive très souvent que j’achète une plaque murale pour une prise électrique avec des vis qui mesurent à peine 5 mm. Les bonnes vieilles maisons (avant les années ’80) étaient construites avec des matériaux encore solides et durables. On installait encore avec soin tout ce qui constitue une maison digne de ce nom. Or, certaines prises de courant sont bien ancrées sur le 2 par 4, un peu plus en retrait que le mur. Que voulez-vous faire d’une vis de 5 mm dans ces cas-là? Ne cherchez pas de vis plates de 10 mm chez Dépôt-Gaga. S’il y en a, on les vend en paquet de 500.

Tout ça me fait peur car qui sait ce que d’autres accessoires ou machin-trucs à remplacer un jour nous réservent. Tout le monde se plaint de la vitesse avec laquelle l’électronique change. Dans quelques années, votre collection de CD et de DVD ira rejoindre les bacs remplis de vinyles et de cassettes audio ou vidéo. Votre frigo qui ne reçoit pas l’internet ne pourra pas se vendre aux puces. Votre téléviseur 27 pouces plus profond que large (et plus lourd aussi en effet) coûte déjà plus cher à réparer que d’en acheter un nouveau (qui, incidemment, nécessitera des réparations deux fois plus rapidement).

Alors les normes, c’est pour les utopistes. Si quelque chose brise, jette-le et achète-toi du nouveau.

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