L’impossible lendemain

Quand la cadran sonne, Maxémilien se réveille promptement. Ça, c’est d’habitude. Depuis toujours, en fait. Ça lui vient de sa mère, une sportive qui courait les spéciaux dans les supermarchés depuis qu’il était haut comme ça et qu’elle essayait d’économiser des sous pour ses fins de mois (le loyer, le câble, l’électricité, le téléphone, sa séance de coiffure, d’acuponcture et ses ongles).

Or, voilà que le cadran sonne et sonne encore. C’est le matin du 2 janvier et tout est calme dans le monde. Pas de guerre, pas de pollution, pas de monstre dans le placard ou de poutre dans le décor. Le lit est vide. Défait, mais vide. Seule l’odeur de tabac a comme retenu son souffle, laissant dans l’air vicié une étrange sensation d’artificiel.

Sur la table, jouxtant le lit, dans ce petit 2 et demi, trois bouteilles de bière, une croûte de pizza farcie au fromage, quelques mégots dans une cendrier des jeux olympiques de 76. Un horaire télé de la semaine passée barbouillé au stylo. On y a encerclé tous les ‘o’.

Ormis le cancan du cadran, il n’a que la poussière qui fait du bruit. Le frigo fatigué s’est tu. Même la goutte d’eau énervante du lavabo de la salle de bain fait une pause sèche.

Dans la rue, c’est tout aussi calme. Pas d’automobiles, pas d’enfants qui gueulent, pas de clochards. Pas d’oiseaux non plus. Juste un soleil timide qui se faufile à travers le rideau de brume matinal.

Dans la ville, pas de trafic, de policiers, de chauffeurs de taxi, d’autobus…

Dans le pays, pas de politiciens, d’agents de la douane, d’espion…

Dans le monde, pas de musulmans, d’hindous, de catholiques, de juifs…

Dans le système solaire, la Terre tourne sur elle-même, tout doucement, sans bruit. Elle se refait une beauté, en paix.

Quelque part, entre les limbes, l’enfer, le paradis, le nirvana, l’univers et nulle part, il n’y a pas un seul dieu, un seul pouvoir pour guider les hommes et les femmes vers leur étrange destinée. Personne d’autre que Maxémilien pour écrire cette histoire car dans un instant, comme vous et moi et tous les autres un peu plus tôt, il disparaîtra.

Pouf!

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