Ma blonde et sa famille

Ce matin, la voix tremblotante de ma blonde, seule de sa famille établie ici au Canada, me parlait de sa famille isolée au Liban. Ses cinq sœurs et trois frères, et aussi sa mère, sont tous résidents de Beyrouth, là où tombent, à l’heure où j’écris ces quelques lignes, des tirs de roquettes, des bombes et dieu seul sait quoi, sur leur toit. Des cibles innocentes, des civils, qui meurent pour une chicane entre des groupes politiques/religieux. Le Liban est encore une fois pris en sandwich et revit le cauchemar de la guerre après trop peu d’années d’accalmie. « Tu as enlevé deux de mes soldats, je tue des centaines de civils! » Bravo, messieurs les Juifs, ces ancêtres de Jésus! Bravo messieurs les Juifs qui dénoncent le massacre de millions des leurs lors de la 2e Guerre Mondiale! Bel exemple pour la suite des événements!

Vous vous en foutez peut-être parce que vous avez d’autres chats à fouetter (le prix de l’essence qui augmente, le changement d’huile dans votre Audi, les fenêtres à changer dans votre résidence secondaire à Morin Heights, le traitement d’orthodontie de la petite, le dernier CD de Garou à aller acheter pour votre maîtresse, et la liste s’allonge…) Je vous comprends. Moi aussi, j’aurais tendance à m’en foutre royalement. Mais depuis plus de six mois maintenant, je partage mes pensées, mes mots tendres et mes angoisses avec une libanaise qui a vécu la guerre civile, qui a fui cette folie du voile, de l’intégrisme, de l’autorité mâle qui faisait de sa vie un cauchemar. Aujourd’hui, dans la prétendue sécurité du Canada, dans les petites chicanes intestinales du Québec, parmi les commérages de ses collègues de travail, elle se retrouve une fois encore devant les angoisses de la perte de ses proches.

Ils sont peut-être en sécurité dans un village du nord du Liban. C’est l’été. Les arbres de Baalbeck ploient sous le poids des pêches ou des figues. Là-bas, le ciel est bleu et l’air est pur. Ils sont loin de ces tracas, sans téléphone ou télévision pour polluer leur existence. Et pourtant, l’ombre de la haine les rend craintifs. Et si les bombes ennemies arrivaient jusque là? Et si la Syrie se remettait à venir mettre sont nez dans les affaires internes du pays?

Le Moyen-Orient se désagrège. Son cancer est multiple. Il semble se résorber puis réapparaît là où on le croyait battu. Iran, Israël, Palestine, Irak, Afghanistan, Syrie, Liban, Arabie Saoudite, tous se regardent comme des chiens apeurés, songeant à la vengeance, croyant détenir la Vérité. Et quand on en a assez de pointer du doigt notre voisin qui ne force pas sa fille a porter le voile ou celui qui prie Allah plutôt que Jésus dans la cour voisine, on justifie notre colère en jugeant les occidentaux responsable de tous nos mots. C’est à vomir! Et je ne parle pas que de musulmans ou de juifs. Je parler aussi de québécois, de français, d’australiens et surtout d’américains.

Je suis peut-être simpliste ou idéaliste. Ma naïveté m’empêche peut-être de voir plus loin que le bulletin de nouvelle, mais à voir une petite fille à la peau brune qui est née ici, qui parle avec des ‘bin c’pasque’ ou des ‘genre’, qui chiale parce que l’eau citronnée goûte bizarre, qui regarde des séries américaines traduites à la française et qui ne parle presque pas la langue de ses ancêtres, donc, à voir cette fillette pleurer en craignant que sa grand-mère ne meure sous les bombes des israéliens, je demande pourquoi on n’est pas capable, nous, les êtres humains, les êtres vivants supposément d’intelligence supérieure, de vivre dans la paix et l’amour de nos frères et sœurs, quelle que soit la couleur de notre peau, quel que soit le dieu que l’on prie, quel que soit le passé qui nous unit ou nous déchire?

J’en ai déjà parlé ici, mais je me répète: c’est parce qu’on n’est même pas capable de s’endurer dans la même religion, dans la même maison, du même sang que la guerre existe et va exister aussi longtemps qu’on ne sera pas capable de régler nos petites chicanes internes. C’est idiot mais à partir du moment où tu es capable de pardonner, de comprendre ce que l’autre vit, que tu n’es plus jaloux de ce que l’autre est pour toi, de son meilleur salaire, de sa vie plus joyeuse, quand tu es capable d’accepter que l’autre est différent de toi, que tu dois le laisser aller s’il veut partir, que tu ne le juges pas, que tu le respectes, que tu acceptes ce qu’il est, tu fais donc un pas vers la paix. Mais, on passe notre temps à critiquer, juger, quantifier, mesurer, calculer, jauger (bon, prenez un dictionnaire pour les autres synonymes…). Il n’y a plus de place pour l’amour. Le vrai. C’est bien plus important de placer notre argent dans un fond à rendement supérieur ou investir dans des actions que de donner la main et regarder l’autre dans les yeux. C’est plus facile de tirer dans le tas ou direct dans la tête plutôt que de s’asseoir et se parler pour trouver un terrain d’entente. C’est ma couverture, c’est mon jouet, c’est ma part de gâteau, c’est ma place, c’est ma balle. Regardez les enfants, vous verrez toute la guerre qu’ils entretiennent.

Ma blonde me disait qu’au lieu de chicaner et séparer les enfants, on devrait les mettre face à face et les laisser trouver une solution à leur problème, sans se mordre, se griffer, se crier des bêtises. C’est vrai. L’éducation des enfants, donc des futurs adultes, commence au berceau et ce n’est pas en leur plaçant une grenade ou un fusil mitrailleur, voire une bible ou un programme du Parti Québécois entre les mains qu’on va en faire des êtres humains. On en fait plutôt des êtres racistes, des juges et des meurtriers. On se débarrasse du problème du sort humain parce qu’on n’est pas capable, nous-même, de dealer avec la complexité du problème. « Va te battre mon fils. Ainsi, quand tu mourras, on pourra te pleurer comme un martyr mort pour la cause!« 

Mais que voulez-vous? Je ne suis qu’un pauvre idiot qui ne demande qu’à aimer. Et je n’aime pas me battre. De toute façon, qui a vraiment envie de se battre pour aimer?

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