Pas de nouvelles, bonnes nouvelles

Imaginez-moi ça un petit moment: Vous arrivez du travail, vous délacez vos lacets, décravatez votre chemise et vous allumez le poste de télévision. Sur l’écran géant (on vous imagine riche, c’est plus intéressant dans le texte), vous voyez Renard Derome, Céline Galipette ou Bière Pruneau qui dit, textuellement: « Madame, monsieur, bonsoir. Ce soir, il n’a pas de nouvelles. Revenez-nous à 22 heures pour le bulletin de fin de soirée! »

Vous restez là, sidéré pour ne pas dire bouche bée, la télécommande dans une main moite, la sueur froide au front brûlant. Des phrases syntaxiquement incorrectes du genre « De késsé qu’a vient de dire elle-là? » ou bien « J’ai-tu bin entendu? » ou encore (ce qui suit ne s’adresse pas à un jeune public, la discrétion des parents est recommandée) « C’est quoi cette ostie de poste à marde? J’ai payé mon câble, j’veux des mauvaises nouvelles! »

Quoiqu’en disent les hypocrites de la communication, une journée sans nouvelles devrait être une bénédiction des cieux. Juste le piaillement des oiseaux, le frottis des feuilles d’arbre dansant sous la brise tiède devrait suffire pour combler notre jour.

Et bien non. Vous voilà enragé: pas de nouvelles? C’est impossible. Il a toujours des nouvelles. Et si elles sont mauvaises, c’est encore mieux. Ça nourrit les conversations devant la bouteille d’eau ou sur le trottoir en fumant une cigarette.

Poursuivons le fantasme:

« Ouin, y fait beau, hein? »

« Ouin, pas mal beau. »

« Pas de nouvelles hier, hein? »

« Ouin, pas de nouvelles. »

Et vous vous en retournez dans votre petit coin en pensant que ça serait bien qu’on trouve une tonne de cocaïne chez une star homosexuelle ou qu’il y ait une tremblement de terre à St-Damien, où réside justement votre pire ennemi(e). Ou peut-être que Céline Dion est enceinte de Gérard Depardieu ou qu’un environnementaliste a été pris en flagrant délit en train de se moucher dans un Klennex non-recyclé assis sur le capot d’un Hummer. N’importe quoi. Mais pas ‘pas de nouvelles’.

On est rendu qu’on ne peut pas respirer sans nouvelles, bonnes ou mauvaises. Et puis, il en faut une bonne douzaine. Différentes à chaque jour. Ne parlons plus de Guy Cloutier ou d’Anne-Marie Péladeau, du tsunami ou de l’Afghanistan. Arrêtez de nous rabâcher les oreilles avec l’Irak ou les guéguerres entre les Palestiniens et les Israéliens. Fini Raël, Elvis Story ou le gouvernement Charest. Creusez pour trouver mieux, messieurs et mesdames les journalistes. On veut des images, du crû, du salé, du piquant. Bombardier a créé 100 emplois? On baille. Québec octroie 100 millions pour les écoles? On s’endort. Chantal Pary est condamnée à verser 200 dollars? Vous vérifiez si votre lecteur vidéo n’est pas en train de relire une vieille cassette.

Un exemple tordu: Quand le Pape JP-II s’est mis à faire dans le comateux, des milliers de journalistes se sont mis en groupe pour japper toutes sortes d’inepties étourdissantes pendant 48 heures. On a trouvé des tas de documents, des gens qui l’ont rencontré en 1946 dans un confessionnal, d’autres qui ont montré un bout de cure-dent qu’il aurait mâchouillé. On est devenu des vautours de l’information. Normand Brathwaite a cligné des yeux? Vite faisons-lui un test d’alcoolémie. Jean Charest ouvre la bouche, vite, levons une manifestation pour se plaindre.

Allô? Est-ce qu’on peut seulement s’asseoir et respirer un peu? Le ciel est bleu, même s’il y a des nuages (ouais, mais la récolte de fraises va être dangereusement remise en question et puis il y a le virus du Nul et les épandages de pesticides que les villes autorisent en secret). L’air est encore respirable (surtout si vous ne prenez pas votre VUS pour aller chercher votre courrier au bord du chemin) et l’amour est encore gratuit (si vous cherchez bien et que vous évitez les pièges des femmes qui ne pensent qu’à elles). Ce n’est peut-être pas des nouvelles mais c’est sacrément plus humain que de zapper d’une catastrophe à l’autre en mangeant du maïs soufflé.

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