Surplus d’a…

Tim ne dit jamais le mot. Il dit : L’a… Les points de suspension inclus.

Il est fru. Il a de l’a… rempli à ras le coeur. Il veut en donner mais le monde autour de lui ignore tout ces a… et il désire tant en donner.

Alors il décide un jour, planifie, je dirais, de s’attaquer au coeur du problème de leur régler leur cas. D’abord des fleurs. Il se ruine en achat de fleurs. Puis, il écrit des tonnes de bons mots, de la poésie, de pensées qu’il va coller sur les murs, sur les portes. Ensuite la grande finale, son arme ultime : un cornet haut-parleur. Au matin du 16 avril, sur le campus, dans le dortoir, il se lève et se précipite sur trois jolies femmes qui se maquillent. Il les embrasse en souriant. Pas sur la bouche mais sur les joues. Il leur chuchote: Je vous a… On rit. On rougit. C’est un choc. Mais, le sang monté au visage ne coulera pas sur les dalles du plancher froid. Il réchauffera, tout au plus, un peu le matin neigeux, venteux, anonyme.

Puis il retourne à sa chambre et enregistre quelques vidéos où il dit tout son a… et qu’il n’y a que l’a… pour que le monde vive vraiment. Puis, il se prend en photo, des cinquantaines de clichés où il prend la pose, les lèvres en cœur, le regard mielleux, le sourire attendri. Il écrit une longue lettre pour les médias puis ramasse ses fleurs. Il se dirige vers l’édifice qui abrite les futurs comptables de cette société. Il chantonne un air d’a… et se croit au centre de l’univers. Il entre dans une classe, jette des fleurs et hurle son a… Certains profs essaient de l’empêcher d’entrer. Certaines femmes hurlent en le voyant s’approcher pour leur serrer la main, l’embrasser, leur chuchoter des mots doux. Il passe d’une classe à l’autre, laissant sur ses traces un tapis rouge de fleurs odorantes. Quelqu’un le filme. Un autre appel le 911. La police est déjà en route, dit-on, car on a rapporté les geste quelques heures plus tôt dans le dortoir.

Quand la police arrive, on encercle l’homme, on le menotte. Il n’a pas pu utiliser le cornet. Il pleure. Il voudrait s’excuser mais il se demande pourquoi et même comment. On l’accusera peut-être de grossière indécence, de voies de fait (on embrasse pas comme ça, qui on veut, de cette façon…), d’avoir troublé la paix publique. Il subira des tests psychologiques et sera peut-être enfermé voire emprisonné pour quelque temps. On l’expulsera de l’Université. Ah, ce que l’a… peut faire!

Pendant ce temps, en Virginie, dans le dortoir de l’Université Virginia Tech, un dénommé Cho Seung-hui lui aussi se prépare…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

quatorze − 8 =

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.