Archives par mot-clé : amour

Pépin et sa pitoune

Pépin, c’est mon copain. Il a les bleus. Sa pitoune (traduire en français par ‘copine’) l’a dumpé (traduire en français par ‘laissé tomber’) en disant qu’ils avaient besoin d’un break (traduire en… oh, et puis schnoute, cherchez-la vous-même!).

Bon, Pépin, c’est pas une beauté et pas une lumière non plus. Il a fini son secondaire sinque (sic) en payant un pot de vin au professeur titulaire et au directeur (qui avait en échange exigé d’autres choses pas très catholiques – quoique le clergé en a lui aussi profité il y a plusieurs années). Il a fait des jobs d’électricité, de plomberie, de bras, vendu des chars usagés, des téléphones cellulaires, des herbes hallucinogènes, des poudres aussi et des pastilles contre la toux.

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L’arbre du p’tit Christ

On a branché le lumières et vlan! voilà que notre merveilleux arbre de Noël s’illumine et jette une lumière colorée dans la salle de séjour. Les enfants piaillent d’impatience. Les questions fusent: Quand… Quoi… Qui… Où… On spécule, on espère, on chante. Et moi, je suis derrière, le bras dessous celui du bras dessus de ma femme et on se dit qu’encore une fois, c’est la folie du temps des fêtes qui semble prendre le dessus sur tout.

Nous deux, on est un peu plates. On veut seulement s’aimer tout le temps. Pas juste à Noël. Pas juste devant l’arbre du p’tit Christ. On veut s’aimer et s’offrir ce cadeau à longueur d’année.

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Bébelle histoire

On a marché sur la rue surchargée de métal, de fumée d’échappement, de coup de klaxon. On a flotté. On a rêvé un peu aussi. Puis on s’est assis sur l’herbe fraîche. C’était presque septembre. C’était presque la fin du monde, mais on ne le savait pas. On a mangé notre goûter, quelques sandwiches, un jus, des crudités. Rien de romantique. Il y a seulement que le soleil qui est romantique dans ses moments-là. Il se pointe avec sa tignasse de rayons qui flottent au gré du temps, fouettant quelques nuages.

Le temps, justement, s’est envolé si rapidement que le vertige du retour nous a scié les jambes. Comme on aurait voulu s’enfuir, à se vouloir à mourir. Mais ça aussi on ne le savait pas vraiment encore. C’était ça, le vertige de vivre.

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Lendemain de vieille

Ma vieille vient d’avoir 100 ans. Hier. Moi, j’ai eu 106 l’an dernier. Je ne dis plus mon âge, c’est trop gênant.

On a fêté, ma vieille et moi. Un verre d’eau et trois pilules pour ma Céline. Un café décaféiné tiède pour moi, Léonard Vincent. Et pas de pilule. J’aime pas les lendemains de vieille. Céline n’aime pas que je l’appelle ainsi. Je le dis quand même, quand elle ne me regarde pas. Elle est sourde, ma belle Céline. Sourde et impotente.

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Rencontre du troisième âge

Armand Lefebvre marche lentement vers la table. Georgette Beaudoin est assis, seule, mais toujours aussi souriante.

« Ahum, vous permettez, madame… vous ne seriez pas la très célèbre Georgette Beaudoin? » demande-t-il la voix chevrotante.

« Célèbre, moi? Je ne crois pas que… »

Armand hoche la tête de haut en bas, les yeux fermés. Il lui fait un énorme sourire.

« Oh que si, Madame Georgette, que si. Vous êtes la vedette de mon cinéma intérieur, sur grand écran, en stéréo et en odorama. »

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