Archives par mot-clé : Fantôme

Goulag Blues

J’ai eu 25 ans ferme. Pas de sursis ni de libération conditionnelle. Il faut dire que je n’y ai pas été de main morte. Un beau cadavre, que le policier a déclaré lors de mon procès. Après une déclaration comme ça, j’étais tout fier de dire que j’étais coupable, même si ça a sacrément déplu à mon avocat. La couronne jubilait. ‘Une victoire contre les œuvres du diable !’ titrait l’eGazette. ‘Une perte pour les anges du ciel’ a pleurniché ma maman dans son mouchoir brodé.

On m’a installé dans le Village. J’ai ma cellule à moi, toute équipée, au beau milieu du parc, près de la mer. La Mer des Humeurs, qu’ils disent. Méchante humeur : le jour, la température extérieure dépasse allégrement les 145 degrés. De quoi se faire cuire le coco dans le temps de le dire. Pas question de faire des séances de bronzage à moins d’aimer le cancer.

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Des fleurs pour Rosalie

Sur la commode, bien en vue, il y a un bouquet de marguerites. Elles sont toutes sèches, ces perles de la terre. Rosalie les a reçues le jour de son anniversaire, il y a dix jours.

Elle était tellement émue, la pauvre que son coeur lui a joué des tours. Le temps de les mettre dans un joli vase ciselé, de les placer, et la joie indicible qui l’avait tant émue s’est lentement transformée en douleur à la poitrine. Elle a marché jusqu’à la petite table à café, a tassé la pile de 7 jours et de La Semaine pour que le vase soit bien en vue au milieu de la table. En se penchant, elle a bien senti que son épaule s’engourdissait. Elle a fait une grimace. Le chat Belleau miaulait. On aurait dit qu’il sentait ces choses-là.

Rosalie est revenue à la cuisine en traînant ses pantouffles sur le bois usé. Elle soufflait comme un grand drap au vent. Sur la pan-tray, elle retrouva le petit carton imprimé de fleurs festives.

« Pour vous dire combien je vous aime » Et c’était signé Léonard.

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Le Noël des Anges

Il y a très longtemps, en ces temps où mon corps avait encore la force de se déplacer dans la neige folle et où les hivers avait cette dimension pittoresque d’immensité et de froid, je me suis levé tôt en ce matin glacial de Noël. Toute la maison était endormie. Dans l’âtre rougeoyaient encore des braises réconfortantes. Sur le sol, on trouvait les jouets et les chandails en grosse laine tricotés avec amour par Grand-mère. Sur la table, on avait laissé les beignets saupoudrés de sucre, les quelques pointes de tarte à l’érable, les carrés de sucre à la crème et les traditionnels biscuits colorés que les enfants avaient fabriqués avec tant de joie. Mon coeur n’était pas lourd en ce doux matin d’hiver. Il y avait dans l’immobilité du moment, un brin de nostalgie de ma propre enfance qui revenait m’habiter et je dus réprimer un frisson tout en enfilant mon manteau et mon foulard.

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