Archives par mot-clé : séparation

Pluie du ciel

Étienne froisse le papier et le jette devant lui. Il pleut partout, même dans ses yeux. C’est heureux qu’il pleuve car personne ne sait qu’il pleure. Curieux tout de même qu’une seule lettre sépare ces deux verbes.

Il marche sous la pluie, lavant sa tristesse comme on fait sa lessive en pleine nuit, hors-la-loi. Il a des idées toutes aussi noires les uns que les autres. Il se voit se jetant du haut d’un immeuble, devant le métro, avalant du Drano, se payant une virée au Centre-ville avec un couteau de chasse, égorgeant toutes les femmes en riant à gorge déployée.

Puis, il se sent tout petit. Infiniment minuscule. Une poussière informe dans un univers contre lequel il n’a aucune espèce de prise. Tout lui glisse entre les mains. Alors il se laisse prendre dans ce courant violent et se laisse porter au gré de la vague, avalant toute l’eau fondant sur son âme.

Libre.

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Je me souviens

Je me souviens, au petit matin, quand Géraldine m’a dit, dans ses mots à elle, à travers sa folie, qu’elle ne m’aimait plus. En fait, ce n’est pas tout à fait vrai. Elle m’a dit aimer quelqu’un d’autre.

« La vache! » me suis-je exclamé tout haut dans mon cerveau encore engourdi par la nuit. Pas ‘la chienne’ ou ‘la pute’. Juste ‘la vache’. Parce que je me l’imaginais comme ça, en vache, grosse et laide, flétrie, anonyme, quêtant de l’amour au coin des rues Vénus et Éros, avec des jeunesses qui travesaient sans la regarder. En vache, oui, entourée d’odeurs nauséabondes de ses propres défécations, soumise à la pluie, au vent, au froid, au froid du vide que moi, à cet instant, je ressentis.

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Petit matin de brume et de colère

La nuit s’était étirée mais pas la femme qui, au petit matin de brume, laissait couler les larmes de son désespoir sur ses joues brûlantes. Depuis plus de huit jours maintenant que le doute la rongeait, que l’incertitude des lendemains la hantait comme si on pouvait la tasser, l’expurger d’un quotidien alors qu’elle se cimentait par des pensées de plus en plus confuses.

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Boomerang Baby

Julie lança les chemises et les pantalons de Grégoire du haut du troisième. Ils planèrent un moment et tombèrent mollement sur le trottoir mouillé.

Grégoire la regardait, impuissant. Il avait épuisé toutes ses excuses. Il était lui-même épuisé. Et le voilà encore expulsé de la vie de Julie. Il ouvrit la bouche pour lui lancer une autre bêtise, car tout ce qui sortait de sa bouche était pour la triste Julie une autre bêtise, tout simplement.

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Le dégoût des bouches

Ce soir-là, je vous le jure, tout le monde était identique. La foule qui se poussait les coudes bursités au guichet, entre les portes ouvertes, dans le foyer décoré de photographies des toutes dernières mises en scène, tout ce beau monde n’était qu’une brochette de clones fraîchement démoulés. Je serrais la main froide d’Angélique; sa peau humide me rassurait, me ramenait à mes huit ans, avec ma mère et mes cinq sens tous éveillés… Aujourd’hui, je ne sens que les poussières de mon passé. Je goûte à peine du bout de la langue avant de grimacer. J’entends ce que je veux d’une ouïe négative d’avance. Je touche avec un peu de dédain parce que tout me mord. Heureusement, je regarde ma blonde, ses seins, son cul et ses beaux yeux, avec les miens, mes yeux qui sentent, goûtent, entendent, touchent, c’est suffisant pour ne pas voir autre chose.

Elle m’ignorait, mon Angélique. Peut-être qu’une pièce de Ducharme ou de Miller l’aurait excitée davantage, qui sait. Subir un jeune auteur méconnu avec une troupe expérimentale dans un théatre vétuste, ce n’était pas son ballon de soccer. Mais j’avais eu les billets gratuitement (une espèce de sondage sur les OGM par téléphone par un type un brin schizophrène). Une paire, c’est pour deux, non?

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