Tempête devant

Le ciel assombri de peines et de misères moule et démoule ses draps farcis de courbes en eau et éclairs. Ce dieu des cieux gronde de cette colère qui fera jaillir dans la voûte céleste tout un concert dans les minutes qui suivent.

Les arbres, au garde-à-vous, applaudissent de leurs mains garnies de verdure. Les pelouses ont fini de se plaindre de la sécheresse, effritées dans un labyrinthe de craquelures où errent des insectes à la recherche de quelque réconfort.

C’est là, sur un sentier perdu, dans ce décor titanesque, que roule Ben sur son pauvre vélo de fortune, le regard rivé sur le temps, songeant à la Miss Météo qui avait annoncé encore du soleil sur la cite desséchée, au grand dam de la population qui souffrait du manque d’eau et de fraîcheur. Ben, un peu cinglé, aimait rouler à gorge déployée, buvant l’air du temps sans se soucier des affres de la sécheresse.

Cette fois, cependant, il était inquiet, car le roulement de tambour qu’augurait cette bouillie de colère grise et noire le touchait. C’était comme s’il sentait monter en lui l’électricité statique qui se faufilait parmi tous les interstices de la terre pour mieux la saisir, la tordre et culminer en un concert de violence. Se sentait-il happé par l’avant-goût de la mort ou n’était-ce qu’une illusion?

Le vent refroidit. Il perçut quelques gouttes perdues et tira la langue pour en capturer une autre dizaine. Le vélo zigzagua sur le sentier et il faillit s’étendre de tout son long sur le bitume brûlant. Il se ressaisit et fut pris d’une violente quinte de toux. Les gaz lourds s’étaient immiscés dans sa poitrine qui pompait le peu d’air qu’il restait.

Puis, un grêlon gros comme un melon tomba trois mètres devant lui. Il stoppa net son élan et jeta un coup d’œil directement au-dessus de sa tête pour voir des dizaines d’autres projectiles chuter autour de lui. Des sirènes hurlèrent cette agression soudaine. Des cris venus des toits à la ronde témoignèrent de la terreur naissante. La tempête régnait.

Il descendit de sa bécane et tendit les bras, attendant qu’un de ces morceaux de glace vienne l’arracher à cette vie d’enfer sur terre, mais les grêlons tombaient sans fin tout autour de lui, sans le toucher d’aucune façon. Il riait. La fin du monde ne voulait même pas de lui.

Il ferma les yeux et se laissa bercer par la brise froide qui tourbillonnait autour de lui dans un tintamarre de cris, de hurlements, de bris de verre, de tonnerre et de craquements. La vie s’étiolait doucement dans sa tête.

La tempête ne dura pas plus de sept minutes. Les dommages furent catastrophiques. Des centaines de milliers morts, des multitudes de milliards de dollars en dommages sans intérêt.

Notons que le vélo de Ben fut ruiné. Cela le désola.

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