Tout en poussière

Gregory a fait la plus belle des sculptures avec de la cendre. Une sculpture pas très grande mais constituée des restants de toute sa vie avec Mélissa, la belle et tragique Mélissa. Des milliers de photos, des cartes de souhaits, des lettres enflammées… ce fut un régal de les déchirer, une après l’autre, de les brûler individuellement, d’effriter la pulpe noircie. De la maudire aussi. Pas de magie blanche, ni de magie noire. Juste l’espoir de la voir sombrer dans un trou plus vide que noir, de réaliser à quel point cet être n’avait de place sur cette terre qu’en-dessous de celle-ci, avec ceux de ses proches qui ont ennuyé les honnêtes gens, les coeurs fragiles ou les âmes pures. On ne souhaite pas de malheur à un démon, se disait-il en tournant la statue sur son socle argenté.

Cent-soixante-dix-huit heures de travail pour ce corps merveilleux qu’il connaissait par coeur.

Il songea à la fragilité de ce monde, de la volupté du moment, de l’épaisse noirceur du passé et vit, dans la lumière du jour se pointant enfin, un espoir secret qui séchera ses larmes.

Alors doucement, ses doigts fatigués écrasèrent le corps, broyèrent l’âme même de son oeuvre et laissa sa peine s’étioler tout en poussière.

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