What a Messe!

J’ai assisté aujourd’hui à une messe dans une église chrétienne orthodoxe fréquentée par des Libanais, à Montréal. J’ai été fasciné, moi qui s’ennuie à mourir habituellement lors des messes traditionnelles catholiques romaines.

D’entrée de jeu, dès que le prêtre se pointe dans la porte voisine de l’autel, quelqu’un entame un chant qui ressemble étrangement aux chants grégoriens qui m’ont toujours intrigués. Un chant en arabe, mélodieux, sirupeux comme seuls sont capables les Arabes, à mon avis.

J’appréciais cette entrée et je m’attendais donc à quelques autres chants mais quelle ne fut pas ma surprise en entendant, l’un après l’autre, ces prières émanant de la bouche du prêtre tout autant que de celles de la communauté réunie dans la petite église. Envoûté, presque ensorcellé, j’écoutais la mélodie, repérait certains passages ponctués de Amen à la fin de chacun.

Je ne m’y connais que très peu en Arabe bien que j’entende cette langue dans mon quotidien depuis près de deux ans maintenant. Cette langue me fascine et j’y suis attiré bien malgré moi. Ma femme parle régulièrement avec ses amies, sa famille et nous venons de recevoir sa soeur et son neveu à la mi-octobre alors ces mots je les entends encore et encore sans m’en lasser. Et j’apprends, tout doucement, gêné, prisonnier de mes accents, de ma gorge et de mes voies nasales qui s’obstinent à trébucher sur les accents, aux grands rires de ma douce. Mais j’y tiens et je la respecte, tout comme ma gentille compagne de vie respecte la mienne, joualisée ou non.

Mais revenons l’église…

Ce fut une messe de partage, de chant et de respect. Ces visages âgés et ces autres plus jeunes dont celui du prêtre, à peine âgé de 25 ou 30 ans tout au plus, qui se signaient à qui mieux mieux dans une humilité saisissante, silencieuse, hormis les psaumes récités les yeux mi-fermés. Encens et prières mêlées à l’écho de la parole de leur Christ, je me suis pris au jeu et me laissai bercé en toute quiétude. Et puis, j’ai vu ma femme, l’oeil approbateur, acquiescer aux paroles prononcées par l’homme de Dieu, les seules qu’il ne chanta pas, elle qui a grandi dans la parole de Mohamet, sous la houppe de ses parents on ne peut plus religieux. Voilà ma rebelle des dieux de toutes affiliations qui écoutait la parole des hommes sages, la pensée de cette assemblée non pas soumise ou excessive mais tout simplement réceptive.

Quand, au sortir de la petite église, je retrouvai les rayons du soleil d’automne, quand ma première gorgée d’air s’immisça dans mes poumons, quand l’odeur des feuilles mortes dansa dans mon esprit, étiolant doucement celle de l’encens et de mes propres odeurs de ce passé presqu’oublié, je me suis dis que c’était là une petite trace du bonheur que je voudrais chérir en moi pour toujours.

Me convertir? Me déplacer vers ce Seigneur? Non, je n’y croirais pas. Mais je le respecte et je le bénis de toute ma singularité, de toute mon innocence car elle m’a nourri sans me gaver, sans m’obliger et en cela, je lui suis redevable.

J’y retournerai certainement pour autre occasion.

Et que votre Dieu vous bénisse. Le mien l’a fait ce matin.

(En mémoire de la tante de mon ami libanais et frère, Tony)

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