Ya pas d’erreur, Alice

Le père d’Alice vient de claquer la porte. La mère d’Alice, les yeux rougis par les larmes, essaie de se refaire une beauté et se demande quelle sorte de visage elle offrira à ses invitées qui l’attendent au jardin.

Alice, les oreilles bouchées par ses paumes humides, se balance d’avant en arrière et se dit qu’il ne faut pas pleurer, qu’il faut être une grande fille, que tout va s’arranger. Puis elle ouvre les yeux en entendant un cri: « Je suis en retard! Je suis en retard! ». Elle voit sortir un lapin de son miroir. Le lapin porte une redingote toute usée et regarde ce qui semble être une montre.

Alice cligne des yeux et voit le lapin se réfugier sous son lit. Elle rampe sur le ventre et le voit tremblant, qui la regarde aussi. Il y a beau y avoir là un peu de pénombre, le lapin ne porte pas ce redingote ni ne tient de montre. Il ne parle pas non plus. Il tremble. Il chie des boulettes.

« Bonjour, je suis Alice. Qui es-tu? » demande-t-elle, comme si ça referait le charme. La bête tremble et se tasse encore plus sur le mur.

Elle voudrait annoncer la bonne nouvelle à sa mère mais celle-ci vient d’échapper sa tasse de thé et les femmes s’empressent de la consoler on ne sait trop de quoi. Alice se lève et ouvre la porte. Il n’en faut pas plus pour que le lapin s’enfuit. « Reviens… » mais il est trop tard. Le lapin traverse le corrodor, glisse sur ses pattes de derrière et tourne vers la cuisine. Alice trottine derrière lui et a à peine le temps de la voir se faufiler entre les jambes de Tante Marie qui pousse un cri et achève les quelques morceaux intacts de la tasse de thé déjà ébréchée sur les dalles de céramique du plancher.

Alice pousse Marie qui tombe sur les fesses et se blesse (n.d.a.: c’est pour la rime). Le lapin sautille et disparaît dans les cèdres. On le voit courir entre les troncs et déboucher sur la pelouse du voisin. Hop, le voilà qui traverse la rue. Et pop! le voilà écrasé sous les freins rugissants du laitier qui ne l’a pas vu venir. Alice se mord le poignet et entre dans a chambre.

Alors, Alice, les oreilles bouchées par ses paumes humides, se balance d’avant en arrière et se dit qu’il ne faut pas pleurer, qu’il faut être une grande fille, que tout va s’arranger.

Elle voit une limace qui glisse sur le miroir. Elle fait une grimace, empoigne une sandale jaune et écrase la petite bête qui déclamait du Rimbaud en fumant un joint.

Encore, Alice, les oreilles bouchées par ses paumes humides, se balance d’avant en arrière et se dit qu’il ne faut pas pleurer, qu’il faut être une grande fille, que tout va s’arranger.En effet, tout ça va s’arranger. La réalité va tout arranger. 1+1=2.

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