Le long calvaire d’un chrétien catatonique

La porte s’ouvre. L’homme se traîne. Il est las, là, et las il est depuis des siècles et des siècles. Lui qui était si amène, si fringant avec ses blagues à triple sens.

Il savate le plancher avec ses traînards racornis. Il respire profond pour se secouer l’asthme, mettre du hash deuzio dans son sang vinaigré. Il pète. Ça ne lui fait pas plus de bien qu’hier parce qu’il a l’impression d’être assis sur un pieu romain au bout duquel on a soudé de manière résistante un astérisque en guise d’obélisque rondelard. C’est plus poli que de dire aux quatre poings cardinaux qu’on a des hémorroïdes raides comme des cors du christ entre les fesses. Mais Gipitou se soigne, il s’ointe, il se bénit oui-oui avec l’ex-crème d’onction.

Gipitou renifle et maugrée quelque insanité en portugais tout en jurant entre ses dents en allemand. Il sent ses doigts et cela lui rappelle les bons saucissons de sa mère, pleins d’épices du pays, de l’ail et des rognures de porc-ci par là, croquant on le veut.

Un pet, et voilà, un portrait sensuel qui fait oublier la voûte de sa moëlle épiscopale condescendante de son dos, si facile à porter. Il lui prend une envie de pisser et cette fois, il y tient, il se rendra à la cuve, quitte à ramper, et il ne s’endormira pas en récitant « Laver, laver » de Maria Merdédiou (célèbre chartreuse lithuanienne qui fit des CD mortifiants en son temps).
Ses pantoufles valdinguant sur le prélat statique, le dit-vain personnage atteint enfin la lourde et pousse le bois de sental pour découvrir l’immaculée contraction qui fait de sa vessie une crampe indiscutablement trémolante qui, goutte à goutte, rigole en ru chaud entre ses poils jambéesques. Il soulève le drap, puis l’autre, puis le troisième pour atteindre enfin la couche primaire déjà fortement imbibée. L’exercice, bien que pénible, est long et lui donne le temps de se remémorer la fois où, avec son ami Gustaf Machinski, ils avaient pissé sur un sac de lettres destinées aux futures veuves de la deuxième guerre mondiale. « Ma chérie, ici sur le front, l’odeur est insupportable » Mais qu’est-ce qu’ils avaient rigolés. « You’re Sixtine, you’re pittyfull…», c’était bien avant la bouteille de Rome remplie d’eau bénite!

Ah, voilà la sainte chose qui transporte la vidange dans la cuvette dans un glouglou jouissif. Gipitou gratte la forêt blanche et se zyeute l’engin de son actuelle abstinence, produit d’une mâle diction prononcée en l’an mil (Gipitou fait des approximations comme ça avec toutes les dates) par un autre gars qui a fait une croix sur tout ce qu’il a cru, si on s’y fit, et on s’y auto-flagella gaiement pour des siestes et des siestes. Et c’est pas parce qu’on cille qu’on doive fermer les yeux. Le tube, un ancien succès auprès de la gent féminine dans une époque antique de son existence de sain d’esprit, est flasque, mou, pétri de plis et de méandres erratiques. Dire que c’est par la bande qu’il frondait les bosquets timides, allons-y gaiement à l’avent comme par derrière. Lin de femme, diablerie où on s’attend à de belles et buttes. Comme il était fringuant, le Gipitou, en son temps. Un dur de dur, tout le long de son périple en langues (il en connaît encore, bien qu’il n’en n’use qu’avec parcimonie, et vous priant des récitaux ou tard, travail lourd qu’il accomplit en se crachant dans les psaumes).

Il se rappelle des choses, l’archipère, l’ultravailleur des redons d’Éden, celui qui a pris les pitres par l’aminche, pour les guider dans le droit semin, une route où les croyances crissent sur l’asphalte biblique, où tous les canons se font niaiser et les saints remontés. Il se rappelle surtout que pour passer l’ultime épreuve, pour monter sur cette chaise, il a dû passer tous les saints au test du PAP, céder tous ses désirs qui faisaient la queue au pas de radis pour un job bien loin du moïse où il a connu sa première crise de foie. Car on sait tous que si Jésus crie, il faut bien regarder par le judas pour le faire rentrer. Ne serait-ce que par derrière. Et ne pas lui offrir notre dernière cenne.

Sur cette pensée qui ne sent pas la rose, Gipitou s’effondre dans un dernier souffle. Il a la raie suscité et en incarnation. On constate, qu’après tout, lui aussi n’était qu’un homme ni sciant, ni rêveur.

Je signe de croix, au nom du pire et du saint d’esprit.C’est tout, deux mille d’eux.

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