Libération!

Le jour de mon divorce est arrivé. Célébrons! J’entre dans le condo, je cours au frigo, j’empoigne le champagne, je sabre, et vlan! Tout éclabousse. Je ris.

Puis, je bois. Je bois jusqu’à tomber dans un coma éthylique. Je rêve que je fais des cauchemars, qu’Elle est revenue, grosse, engrossée par mille hommes en rut. Et toujours dans mon rêve, je ris à gorge déployée. Puis, bête comme ça, elle explose en mille petits confettis rouges dégoulinant.

Je me réveille. La salle de bain est maculée de mes déjections. Je ne sens pas très bon. J’ouvre la fenêtre. Je sors de la petite pièce et j’accroche quelque chose. Le gros orteil droit me fait mal. La bouteille de champagne vide tourne sur elle-même, me rappelant ces jours heureux où nous jouions à la bouteille et qu’elle n’était même pas dans mes rêves et encore moins dans mes cauchemars. Le condo sent le renfermé J’ai dormi peut-être un peu trop longtemps. La pizza dans le frigo ressemble à une motte d’humus. On croirait que des petits êtres verdâtres vont en sortir en maugréant des jurons en irlandais. Je me frotte le nez. Prendre une douche, voilà une excellente idée. Je retourne à la salle de bain. Dans le miroir embrouillé, je vois mon visage d’une laideur ahurissante. Je n’ai plus de cheveux. J’ai les lèvres enflées et mes yeux sont rouges. Je ressemble à un vampire. J’ouvre la bouche. Je soupire. Pas de dents pointues. C’est peut-être rassurant, je ne sais trop.

Sous la douche, l’eau est brûlante. Pourtant, je n’ai tourné que le robinet d’eau froide. Je remarque que le rideau est recouvert de perles bleues glacées. Je les touche : ce sont de véritables glaçons. Je suffoque. La chaleur est désormais intenable. Dehors, quelque chose grogne, inhumain. Je vois une ombre. Mon cœur tressaille. Je trébuche.

La douleur sur mon front est identique à celle qui monte sur ma jambe. J’essaie en vain de la repousser. Se peut-il que ce cauchemar m’ait suivi jusque dans ma réalité?

Je réussis à prendre une serviette et l’enroule autour de mon corps. Je tremblote. Je m’assieds sur la lunette de la cuvette. J’empoigne mes cheveux et les tire en criant à tue-tête. Puis j’écoute le silence qui continuer la torture. Dans le désarroi le plus total, je cherche à savoir si je suis heureux ou désespéré. Je nage dans une eau embrouillée. Il reste plus que la mort pour me servir un dernier repas froid.

Je rampe par terre, le corps nu frottant sur le sol jonché de sable et de terre, enroulé de poussières. Je suis dans l’enfer de mes propres hallucinations. J’arrive dans ma chambre, une vaste pièce vide où trône un lit de camp défait. Une odeur de vieil homme risque de me chasser mais je réussis à me hisser sur mes coudes et mes genoux. Une forme est étendue là, enroulé dans les couvertures grises. Un vieillard me regarde. Je suis cet homme défait. Il ouvre la bouche comme pour m’aspirer. Puis il claque ses dents, me tire la langue et émet un rire qui me rappelle celui d’une boîte mécanique.

« Petit con. Mais regarde toi. En vaut-elle seulement la peine? Tu me te vois, toi, moi, ici, dans 50 ans, un cadavre, une ruine, une loque moins qu’humaine. Tu cries, tu hurles, tu pleures. Pour qui? Pour elle? Tue-là! Extermine-là! Chasse-là dans son enfer. N’en fait pas le tien.

Je me releve. J’aimerais étrangler cet autre moi mais je me suis survivant. Un pétale tombe. Une odeur de lendemain s’immisce doucement. Un rayon de soleil combat un rayon de sommeil. Comme je tombe sur le lit, l’ombre de ce que je serais devenu s’efface. Je ne m’endors pas non plus que je me réveille. L’horreur de mes yeux fermés fait place à la beauté du moment. En songe, j’ai exterminée le cloporte puant qui a hanté ma vie pendant 5 ans, parfois déguisé en papillon ou en une fleur à la corolle empoisonnée. Je lui ai donné mes peurs, mes angoisses, ma rage, ma tristesse, mes nuits blanches pour ne garder qu’un bref souvenir d’un premier regard. Celui-là je me le garde pour moi.

Je me lève. Le soleil aussi. Je m’approche de l’ordinateur et allume l’écran. Dans ma boîte de courriel, il est inscrit « 1 nouveau message » de Réseau-Contact. Je clique. C’est en anglais. Je lis et je respire. C’était il y a un an tout comme c’est aujourd’hui.

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