Orage

Il y a des matins, je te jure, où j’ai envie de me cacher au fond d’une garde-robe et oublier même que je suis vivant. Un goût de tuer lentement, de faire souffrir s’immisce alors en moi, surnoisement comme une tarentule dans une maison remplie d’êtres humides. Je serre les dents et je me dis que ça va passer. Les orages ont beau tout couvrir de noir et mouiller en apparence l’univers entier lorsqu’ils passent, il n’en reste pas moins que derrière cette folie, il y a le soleil et la chaleur. Or, dans le cœur de la tourmente, peu de gens peuvent se vanter d’envisager de façon contrôlée qu’il existe une solution à tous ces problèmes qui font de la grêle sur notre beau parterre de soi.

Voilà plus d’un an que je me lève tous les matins en me disant, d’un ton un brin optimiste, que cette journée m’apportera joie et calme et j’y crois vraiment quand j’entre dans la baignoire ou sous la douche. J’y crois encore quand je me brosse les dents et que je me place en file pour passer à travers la congestion tout en écoutant les commentateurs de tout acabit déverser leur fièvre sur les ondes de la radio. Mais, inévitablement, je vois un petit nuage se poindre à l’horizon et je le regarde grossir à vue d’oeil. Je me sens comme le garagiste bêta qui fuit la bouille du vendeur de Honda dans les pubs télé. Je me dis : « Oh, non, pas encore lui… » Je ferme les yeux et il est encore là, un peu plus gros. L’Opti devient Pessi dans toute cette Miste. Je me dis « et quoi encore? » Je sors un vingt-cinq cents, je le flippe, je n’ose pas regarder ce que le hasard va m’apporter puis je souris en voyant la ‘bitch brit’ brille de tout son éclat ou l’orignal figé dans l’argent argenté qui hurle à la lune. Je ne me souviens plus ce que j’avais choisi et je rempoche la pièce en jurant.

Je me laisse couler dans la routine et finalement, tout s’est quand même bien passé. Et je fais un bilan: j’ai respiré de l’air relativement pur; j’ai parlé à ma ‘brune’; j’ai ri en entendant Gilles Proulx s’époumonner contre les tapeux de tambours; j’ai mangé un bon ‘spag’; j’ai lâché un vent alors que je descendais l’escalier en sortant du bureau; j’ai encore un job; j’ai encore mes enfants et ils sont en bonne santé; j’ai vu un geai bleu; j’ai téléphoné à un vieil ami pour lui demander de ses nouvelles; j’ai écrit mon blog… bref, parmi toutes les pensées autant négatives que positives qui meublent mon quotidien, je constate que le poids du blanc surpasse celui du noir et je me dis que ce n’est pas si-tant-trop mal que ça. Alors, je deserre les dents et je sors du bureau.

Et là, il y a un orage.

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