Tarentule Story

Une tarentule entra un jour dans un restaurant qui servait des sushis. Le fait n’est pas rare car on connait la frugalité de ces petites bêtes et comme elle n’ont pas toujours l’argent nécessaire pour se payer de ces bons repas d’origine japonaise, elles ne les fréquentent que très peu.

Or, ce jour-là, une tarentule prénommée Virginie (nous avons bien entendu changé le nom pour ne pas que sa famille puisse l’identifier) pénétra dans le restaurant et prit place dans un coin en attendant le serveur, un mille-pattes qui venait d’être engagé là pour se sortir de sa faillite personnelle (il avait malheureusement dû quitter son sport favori, le marathon de la plage, faute de fond pour financer l’achat des espadrilles réglementaires).

Virginie s’installa donc confortablement et se mit à observer la clientèle qui, on s’en doute à la teneur de ce récit, était assez hétéroclite. Il y avait là un ver de terre alcoolo qui se plaignait des odeurs nauséabondes que dégageait son voisin de table, un putois cinéaste qui invitait ses comparses pour le lancement de son dernier navet. On y voyait aussi un furet qui riait aux éclats en compagnie d’une mante religieuse prostituée qui se frottait les mains en visualisant son avenir immédiat. Ce n’était pas une foule aussi dense qu’on aurait pu le croire car en ce jeudi soir d’été, il avait tant d’autres activités que des bêtes pouvaient faire qu’on ne se surprendra pas de cet état de choses.

Bref (et j’insiste sur le mot), la tarentule vit enfin le mille-pattes s’avancer vers elle, l’air nerveux.

« Nous sommes fermés » clama-t-il, prêt à rebrousser chemin si la cliente faisait des problèmes.

« Comment ça, fermé? Il y a des gens et vous venez de servir le farfadet furet et sa pute verte. Je veux mon Futomaki Inferno et tout de suite. »

« Écoutez monsieur… »

La tarentule se dressa sur ses pattes. Cet énergumène ne savait pas faire la différence entre un mâle et une femelle! De quelle planète venait-il donc? Elle se plaça en position de combat, le dard* aligné sur le pauvre mille-pattes qui ne savait plus où se cacher (surtout qu’il ne pouvait prendre ses jambes à son cou, de peur d’en mourir estropié – ou tout au moins emmêlé).

Les clients du restaurant virent que Virginie faisait sa difficile et n’obtempérait pas aux ordres du serveur et se retirèrent calmement vers l’arrière boutique, au grand dam du cuistot, un perce-oreille tatoué, ex-bagnard qui n’entendait pas à rire.

« D’accord, d’accord, » fit le mille-patte préférant perdre son job plutôt que d’affronter le venin de la tarentule.

« Ça sonne mieux à mes oreilles. Et je suis une dame, tu sauras, futur cul-de-jatte! »

Le propiétaire, Laurent, un Highland White Terrier frisé rose et vert lime, vit toute la scène et décida de ne pas appeler les flics. Il décida aussi de rester en retrait car il n’avait pas envie de revoir son ex. Il n’était pas raciste, au contraire. Mais, la vue des pattes velues et surtout du dard* empoisonné le couvra de frissons. « Mieux vaut rester coi pour l’heure! » marmonna-t-il entre ses dents. « Mais j’ai une idée… »  Il se retira dans sa niche où il trouva son cellulaire (un Fido, bien entendu).

On servit Virginie et elle se jeta sur le succulent plat en bavant un peu. Les clients revinrent s’asseoir pour finir leur repas qui tiédissait.

Soudain, venu de nulle part, entra un macaque employé d’une firme d’exterminateur reconnue. Il brandissait un tuyau dégoulinant d’une substance verdâtre (n’ajustez pas vos appareils).

« Haut les pattes, madame la tarentule, ou je tire! »

« Ah bin, s’exclama Virginie. C’est bien toi, Vincent? Vincent M’Boulé? On était en cinquième chez les Zèbres! »

Le macaque hésita, fronça ses touffus sourcils et se gratta le popotin.

« Bin ouais. T’es pas Virginie… Morbleu! Dire que j’allai te faire une giclée de poison! C’est une chance que t’as gardé ta grand’ gueule, pouffiasse! »

Ils échangèrent quelques crudités vulgaires et se congratulèrent au grand dam du proprio.

« Assied-toi, baudruche poilue. Je te paie un ver! »

« Peux pas. Le boulot! »

« Mais fais-le, ton boulot. T’es payé pour exterminer… (elle fit un grand geste de sa patte d’avant), extermine. Je t’attends dehors! »

Et elle sortit en souriant (et surtout en ne payant pas).

Depuis ce jour, Vincent M’Boulé et Virginie sont recherchés par la police. Si vous rencontrez un macaque et une tarentule sur la route, contactez Info-Crime le plus tôt possible.

*Les tarentules n’ont pas de dard, tout le monde sait ça. Mais, l’auteur aime dramatiser alors, pourquoi ne pas ajouter du piquant à qui sait bien mordre?

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